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Terre Hostile
Par Priss Publié dans Histoires Courtes sur 30 avril 2018 Un commentaire 22 minutes de lecture
Aventures à Terdu- Prou (extrait): Le Chat Précédent Dépôt de nuit Suivant

Terre hostile

Lettre ouverte aux vivant-e-s qui veulent le rester, le titre s’étire vers la droite tout en haut de l’affiche comme si l’envie de fuir le prenait soudain. Dans un dernier effort, la tête du R tente même une évasion ratée et frôle la liberté en venant s’arrondir sur l’extrême limite du cadre, tandis que le pied de la lettre, lui, essaye de faire du plat au bord pour qu’il le laisse sortir, en vain.

C’est drôle cette fuite des caractères. Idée Fixe observe cette lettre R prête à tout pour se barrer d’ici. Elle hausse les épaules: après tout c’est le lot de tous dans le coin. C’est quand même pas la joie chez nous. D’un revers de manche, elle s’essuie le nez. Le froid mordant aime lui chatouiller les narines qui le lui rendent bien en coulant à qui mieux-mieux. Tout en tapant ses mains gantées l’une dans l’autre pour réchauffer ses huit doigts opposables, elle lit la suite du texte qui n’est pas plus plaisante.

Placardées sur toutes les portes de la rue principale, la lettre égraine une série d’avertissements et de règles à respecter, faute de quoi…

Idée Fixe s’en moque. Son heure viendra avant celle des autres lui avait certifié le médecin en panique devant son holo-scanner sanguin, alors autant en finir au plus vite. Elle grommelle trois mots inaudibles qui font s’échapper de sa bouche des volutes alcoolisées puis s’en va vaquer à ses occupations dans la forêt de conifères environnantes. Ca fera prendre l’air à son foie, s’amuse-t-elle en franchissant la lisière.

— C’est quoi cette merde encore!

Devant ladite merde collée sur l’antique porte de la Sécu-Galactique, le chef Babiole se lasse aller à quelques secondes d’agacement fugaces accompagnés d’un juron, mais se reprend vite en entendant le pas traînant de l’adjoint sur le porche derrière-lui. Le bâillement typique de la vingtaine atteinte de gueule de bois le prévient d’une sale journée en perspective. Après une courte invective de type pourquoi-moi? au Dieu tout-puissant et un soupir, il ouvre la porte grinçante du quartier général.

Comme souvent le matin, Idée Fixe croise le bûcheron ce matin. Il trimballe un tronc que sa courte queue velue tire à l’aide d’une vieille corde. Encore un arbre abattu!

— Va te pendre avec ta ficelle, espèce de vieux Vraton.

Le bûcheron grimace. Il ne répond rien car ses poumons sont en en feu. Elle le sait bien et en profite. Il ne relèvera pas l’insulte, tout comme Idée Fixe ne vengera pas le sapin. Arrivés à la même époque par ici, ils avaient convenu il y a longtemps déjà qu’ils ne seraient jamais d’accord sur rien et qu’aucun des deux ne gagnerait à faire la guerre. Ils s’insultent donc copieusement quand ils se rencontrent et puis c’est tout. L’énergie ça s’économise surtout en milieu hostile. En plus, ici tout le monde connaît les secrets de tout le monde, ce qui laisse à Idée Fixe tout comme au bûcheron une certaine tranquillité.

Elle chemine dans la forêt. L’odeur des arbres lui rappelle son enfance sur le satellite LARCH40. Ce n’est pas qu’elle soit vieille Idée Fixe, mais c’est qu’ici elle fait partie des plus âgés. L’espérance de vie se raccourcit de jour en jour dans ce pays que même le soleil fuit. Alors lorsqu’on est à mi-chemin de la vie comme elle, c’est presque le troisième âge. Ailleurs, elle serait dans la fleur de l’âge. Comme quoi tout est relatif

— Tu parles d’une fleur. Un délicat bleuet, minaude-t-elle en esquissant trois pas de danse disgracieux.

Elle s’esclaffe d’un rire malsain puis poursuit son ballet pervers entre les fougères.

Le chef Babiole se promène de long en large dans une cellule à l’écart pour éviter de contrarier l’adjoint. On n’est pas tous ici pour les mêmes raisons, lui avait-on précisé lors de son transfert. Il en a eu la confirmation en découvrant le caractère lunatique de son collègue. La plupart du temps, il fait tout pour ne pas le contrarier, la plupart du temps cela fonctionne sauf aujourd’hui. La lettre l’a mis d’une humeur massacrante au sens propre. Alors, il vaut mieux l’éviter ou si ce n’est pas possible se faire discret. Dans un univers où l’écriture sur papier a complètement disparu, l’affiche s’est avérée une autre bizarrerie du lieu. Le chef Babiole prend enfin la mesure de son exil forcé. Ailleurs, seuls les musées flottants gardent encore des traces de ce temps: des stylos, des livres, des photos d’enfants terriens penchés sur des lignes, la langue tirée dans un effort pour bien former ses lettres. Ici la technologie primitive terrienne fait partie de leur quotidien, pas les connecteurs neuronaux ni les transmetteurs, encore moins les désintégrateurs.

Lorsqu’on est un prisonnier politique comme lui, la cohabitation avec les détenus de droit commun n’est pas aisée. Babiole propulsé responsable-Sécu par l’administration carcérale terrienne l’a appris à ses dépens. Le bagne n’est déjà pas un endroit bucolique entre sa pollution ou sa faune mutante ; mais c’est la cohabitation avec ses collègues de misère qui lui parait la pire des punitions. Toute la lie de la galaxie se retrouve ici. Les pires des pires des criminelles ou criminels de droit commun qui ont échappé miraculeusement à la peine de mort. Le chef Babiole, lui, l’aurait préférée la peine de mort. Le juge de la planète TYG56, télépathe de son état, l’avait bien lu dans son esprit, alors sa patte palmée a doucement fendu l’air du tribunal inter-planétaire et dans un feulement, il l’a condamné à l’exil sur Terre, cette planète mourante devenue le bagne inter-galactique. Le traducteur universel avait ajouté:

-De toute façon, il est bon pour les humains de retourner visiter leur planète d’origine afin redécouvrir leur civilisation primitive.

Babiole n’en avait pas envie. D’humain, il n’avait que les origines. Lui était né, puis avait vécu toute sa vie sur TAFF00. Des Terriens, il n’en a que l’apparence et encore. Après quelques économies, il avait dans sa jeunesse réussi à se payer une petite restructuration moléculaire faciale: un museau ultra sensitif accompagné d’une toison grise, qui associés lui donnent l’apparence d’un habitant pur-jus de TAFF00. Evidement, cela ne sert plus à rien maintenant…Tout cela est vraiment trop injuste. Bon. La saison des safaris commence et selon l’affiche chaque bagnard.e. a trois choix: être guide de chasse pour les touristes, esclaves ou devenir une proie.

Sous le dôme qui s’élève de nouveau sur la plaine, une joyeuse population de vacanciers s’affaire à trouver ses quartiers. Des familles entières débarquent des vaisseaux, cela fait un tapage terrible. Avec philosophie, les G.O. de l’administration carcérale tentent de réguler tout ça mais les premiers temps sont toujours chaotiques. Des bains délassants sont réclamés à corps et à cris par les voyageurs qui ont quelques millions d’année-lumière dans les pattes, tandis que d’autres qui ont littéralement les crocs, cherchent les chemins des cuisines encore vides de personnel. Les chasseurs, eux, exigent de rencontrer les guides sur le champ. Mais où sont donc les bagnards qui doivent gérer tout ça? Ils ont pourtant été notifiés. C’est toujours pareil avec ces barbares!

Dans une pinède, Idée Fixe, furieuse, relève ses collets désespérément vides de proies à grailler. Depuis la réapparition du dôme, les vaisseaux vont et viennent dans un trafic aussi dense que sur l’Intergalactique Trou-de-Ver. Les animaux ont fuit le coin. Bientôt la ville aussi se videra de ses habitants car le prochain lever de soleil marque le début de la saison des safaris. Il est temps pour elle de s’enfoncer dans la forêt pour rejoindre son refuge.

Aucun des chasseurs, ni de ses concitoyens qui les guident, ne l’y a jamais retrouvée et ce ne fut pas faute d’essayer. Idée Fixe appartient à la catégorie des supers-criminelles. Sa tête rapporterait gloire et crédit financier illimité à celui ou celle qui la décollerait de son cou. La tradition veut que l’administration gracie le guide du chasseur si la proie rapporte aussi gros. Du coup, beaucoup de bagnards ont tenté de la débusquer sans succès. Mais, elle, ne les a jamais ratés à la fin de la saison.

Par contre, les règles interdisent aux gibiers de potence comme eux de se retourner contre les chasseurs. Ils doivent soit servir les touristes en devenant guide, soit satisfaire tous leurs caprices, et ça il n’en est pas question pour Idée Fixe.

Elle se dirige vers ce qui lui sert de maison en ville, ramasse son barda et sort. Sur le pas de la porte du QG de la sécu, elle aperçoit Babiole qui lit une fois de plus la lettre. C’est vrai que c’est nouveau pour lui. Elle l’interpelle:

— Vous devriez vous trouver un coin tranquille.

Il se retourne vers elle l’air désemparé:

— C’est que je ne sais pas où aller…

— Bin alors faut choisir vot’ peine.

Puis elle part. Babiole la regarde s’éloigner l’air encore plus désemparé.

L’après-midi est terriblement avancé. Dans les bois, Idée Fixe traverse le marais par une piste de pierres plates pour finir sur le seuil de sa cabane d’os: tous ceux de ses ennemis, ou presque, sont ainsi rassemblés pour lui faire un abri confortable en attendant la fin de la saison des safaris. Elle les salue joyeusement:

— Salut les gars!

Elle ouvre la porte sur son coin de paradis puis entre.

Le soir est tombé. L’adjoint a décidé de passer sa mauvaise humeur sur Désir “le cyborg-plaisir”. La saison des safaris n’est agréable pour personne ici. Il ne sait que faire pour encore survivre à celle-là. Aucun chasseur ne l’a accepté comme guide car il serait soi-disant trop susceptible. Sans cachette à sa disposition, la seule option qui lui reste si il ne veut pas finir en trophée de chasse ne lui plait pas du tout.

L’Adjoint en colère s’en plaint au cyborg.

— On s’y fait, remarque doucement ce dernier.

Furieux, l’Adjoint l’empoigne, lui fait son affaire et se rhabille en hurlant:

— Je suis pas un sale hermaphrodite cybernétique, moi! Personne ne me roulera dessus. Je suis le meilleur des guides. Cette année je me tire d’ici.

Sans payer il sort, sa victime le maudit de toutes ses forces.

Babiole le sait bien mais préfère le préciser quand même.

— L’affaire est délicate. Cette proie est difficile à débusquer et dangereuse.

Poulpe en face de lui n’en avait cure.

— Vous savez Babiole vous pouvez tout aussi bien devenir la mienne si je n’ai pas ce que je veux.

Silence. Poulpe continue:

— Mais on peut s’arranger autrement…

Un tentacule vient effleurer les parties intimes de Babiole qui subitement a la nausée.

— Je vous trouverai votre trophée de chasse, débite-t-il rapidement.

Idée Fixe a passé une très bonne nuit avec ses hommes. Elle s’étire dans son lit. Un bout de cet idiot de Galtos est resté coincé dans ses molaires. Son séchoir à viande mitoyen à la cabane avait bien conservé sa dernière victime qui pendait sagement à son arrivée. Le tribunal intergalactique ne se penche jamais sur les disparitions de bagnards, Idée Fixe peut ainsi s’offrir des menus gastronomiques en toute tranquillité. Le repas de la veille a été délicieux. Elle sort pour se dérouiller les membres.

Depuis la veille, le trafic aérien a diminué, ce qui augure le début des battues. En prévision, elle parsème les environs de son refuge avec des pièges. Que faire d’autre contre des désintégrateurs ou des navettes de chasse?

Puis, elle décide d’aller observer l’activité dans le bois. Déguisée pour passer inaperçue, elle parcourt ses coins préférés quand elle aperçoit une forme au loin sur un arbre. Des charognards volent en cercle tout autour. Elle s’approche silencieusement. Le bûcheron, mort, est accroché la tête en bas, les bras en croix et les pieds joints attachés, attendant sagement le rayon tractant d’une navette. Quelqu’un a donc traqué et tué son ennemi préféré. Ce quelqu’un allait payer!

Aux abords du village, Babiole tapit dans des fourrés depuis l’aurore se désespère. Il attend la proie que Poulpe a choisie, se montre. Le soleil arrive bientôt à son zénith; personne ne passe et surtout pas sa cible. En soupirant, il réalise qu’il n’est pas prêt de quitter le bagne avec si peu de talent pour la traque: il ne sera jamais un bon guide de chasse. Il décide d’abandonner son poste d’observation.

De retour à son refuge, Idée Fixe rassemble les armes à sa disposition et attache sa tente sur son dos. Aujourd’hui elle aussi part à la chasse. Elle s’offrira un petit gueuleton bien avant la fin de la saison des safaris, idée qui la met en joie. D’abord, il lui reste encore à retrouver ce Vraton dégoulinant qui a zigouillé le bûcheron. Ce crétin ne perd rien pour attendre. Il finira dans le séchoir comme les autres. Elle part donc à la chasse immédiatement: il est hors de question d’attendre la fin de la saison.

Tout endolori, Poulpe se réveille près de la lisière de la clairière où le dôme a pris ses quartiers. Il s’est fait surprendre sur le chemin du retour. Comment est-ce possible? Malgré ses cellules sensitives, il n’a rien vu venir. Quelqu’un s’est approché de lui, l’a désarmé et assommé. Encore engourdi, il ouvre un oeil pour détailler le noeud fait avec ses membres. Des pas se font entendre derrière lui, puis son agresseur se tient debout devant lui. Poulpe n’a pas le temps de s’étonner de son identité car il meurt à l’instant où le soleil se couche.

Babiole, chef de la Sécu Galactique du bagne de la planète Terre est en nage. Son client a été retrouvé mort à l’aube, ses tentacules noués entre eux forment une boucle par laquelle il est pendu à un arbre tel un trophée de safari. Sauf que les touristes ne sont pas censés servir de gibiers. L’administration pénitencière a envoyé une autre lettre cette fois destinée au seul chef de la sécu et lui promettant milles souffrances si il ne retrouvait pas le coupable, qui ne pouvait être qu’un des criminels purgeant sa peine sur Terre. Babiole frissonne à l’idée de devoir poursuivre le coupable parmi ses congénères. Tous les poils de son visage se dressent ce qui le fait ressembler à une boule velue et lui ferait presque regretter sa restructuration moléculaire faciale. Au moins ça lui tient chaud avec ce froid. Au dessus de lui, Poulpe ballotte au gré des courants d’air.

Babiole observe les alentours. Il ne peut évidement compter sur aucun scanner pour trouver des indices. Il peut oublier les remonte-temps qui permettent d’identifier rapidement les criminels. Bref, il doit faire enquêter de façon primitive et utiliser ses neurones sans stimulateurs bien sûr. Bon quand il faut y aller, il faut y aller. A la recherche d’indices, il inspecte donc tous les recoins. Grâce à son flair il renifle le moindre bouts de terre ou de bois: finalement, ce museau de Taffeur servira peut-être à quelque chose.

Le soleil est haut. Idée Fixe en train de lever le camp, s’agace de voir débarquer Babiole sur son bivouac, et surtout s’agace de l’entendre l’accuser du meurtre de Poulpe en la toisant de toute sa hauteur. Elle maugrée:

— Je suis allergique aux mollusques.

Babiole n’a rien compris. Il couine:

— Comment ça? Comment ça?

Elle se redresse:

— Chef Babiole écoutez moi: je ne peux pas manger de poulpe.

Babiole n’en revient pas: elle essaie de noyer le poisson, enfin le poulpe. Il se moque bien de ses problèmes de santé.

— Oui j’ai bien compris, vous me faites perdre mon temps.

Idée Fixe lève les yeux au ciel.

— Vous savez pourquoi j’ai été envoyée sur Terre?

— Oui: vous êtes une tueuse en série particulièrement cruelle.

— Je tue pour manger chef Babiole. Je ne tue que pour manger.

Babiole déglutit, inspire puis remarque:

— Dans ce cas, effectivement…mais vous pourriez mentir.

Avec un mince sourire, elle lui souffle:

— Je ne gaspille jamais la nourriture ni la mienne, ni celle des autres.

Babiole panique à l’idée qu’il y ait d’autres habitants sur Terre avec les mêmes habitudes alimentaires que son interlocutrice. Aux aguets, il continue courageusement:

— Pourtant, j’ai suivi votre odeur depuis la scène de crime.

— Mon allergie est peu connue.

— Eh bien?

Idée Fixe franchement énervée réplique:

— Réfléchissez donc.

Long silence. Le visage de Babiole s’éclaire.

— On vous a piégée.

— Non? Vous croyez? De toute façon, soyez rassuré, je ne mange que les bagnards…

Babiole pose sa main sur son cou où son marqueur carcéral a été implanté. Le plus naturellement possible, il répond:

— Ah bon, c’est noté,… je dois y aller maintenant.

Idée Fixe le regarde filer, terrorisé. Elle sourit. Il a bien fait de partir car elle était à deux doigts opposables d’en faire son quatre heure, qu’ils sont appétissants lorsqu’ils sentent la peur. Allez, Fini la rigolade! Elle doit reprendre ses recherches. Grâce à Babiole ce génie de l’enquête, elle sait par où les poursuivre.

Couchée sous les étoiles, Idée Fixe se félicite. Après une journée de traque, elle sait enfin qui a tué le bûcheron. Le bagnard en question est tellement sûr de lui qu’il ne se doute de rien. En remontant la piste suivie par Babiole, elle a découvert tout le long quelques morceaux de tissus imprégnés de son odeur à elle, mêlée à une autre plus discrète: celle-là même retrouvée autour du cadavre du bûcheron. D’autres indices ont confirmé ses soupçons. Le meurtrier de son meilleur ennemi, a aussi voulu la piéger pour le meurtre de Poulpe. Un seul bagnard est capable de planifier ça de manière à induire Babiole en erreur et elle sait parfaitement où le trouver. Il est temps de regarnir son séchoir à viande. Demain elle sonnera l’hallali.

Le lendemain, l’adjoint ne comprend pas ce que fout Poulpe. Ils avaient pourtant bien rendez-vous sous l’arbre à caoutchouc après le lever du soleil. Le chasseur l’avait finalement contacté pour qu’il soit son guide, ils avaient même convenu d’un gibier de choix: à lui la liberté. Où peut être cet idiot? Il pense partir à sa recherche mais la cuite qu’il a prise cette nuit le rattrape. Grand prince, il décide de quand même lui donner sa chance et de l’attendre. Pour être plus confortable, il s’allonge.

Lorsqu’elle se rapproche de sa cible, Idée Fixe hume l’air. Ce Vraton est bien là. Son odeur le trahit mais ce sont ses habitudes qui l’ont condamné. Derrière l’arbre à caoutchouc, elle l’entend marmonner des insultes à l’attention d’un rendez-vous en retard. Elle se faufile dans les fougères, escalade ensuite le tronc jusqu’aux premières branches. Des ronflements remontent du sol. Les dents affûtées d’Idée Fixe s’allongent en courbe jusqu’à son menton, puis elle saute.

L’heure de la revanche a sonné, le piège se referme sur cet idiot d’Adjoint, sa mort sera lente et pénible. Quelque part dans le bagne, on savoure un plan qui fonctionne parfaitement. Ils ont été bernés, tous autant qu’ils sont. Il avait réussi à épicer l’alcool de son ennemi, dire que celui-ci se croyait le plus malin. Il avait eu des difficultés avec le bûcheron mais ce vieux vicieux ne pouvait pas lui résister longtemps. Qu’il avait jubilé en plaçant des indices grossiers pour faire accuser Idée Fixe, puis la mettre sur la piste de l’Adjoint. Quant à Poulpe, ce pervers ne l’avait pas vu venir, ni ne l’aurait crû capable de le nouer en haut d’un arbre. De toute façon, il avait besoin d’une porte de sortie car Idée Fixe aurait découvert la vérité tôt ou tard, et alors…Maintenant il doit en finir avec cette vie à rallonge misérable. Il se lève et se dirige vers le QG de la sécu-galactique.

A l’extérieur de son refuge, Idée Fixe observe l’Adjoint qui panique. Il prétend que c’est un coup monté, qu’il est innocent. Elle s’en moque de ses explications vaseuses, pas question qu’il échappe à sa vengeance! Elle lui arrache le foie qu’elle aime bien frais: c’est l’heure du dîner. Zut, celui-là est déjà imbibé d’alcool, ce qui n’aidera pas le sien…bah, tant pis mourir de ça ou d’autres choses. Elle hausse les épaules et le croque.

Babiole est heureux. Même si il a raconté le contraire à ses interlocuteurs de l’administration carcérale, il ne s’est pas trop fatigué avec cette enquête. Désir a avoué le meurtre de Poulpe le chasseur. Il n’en pouvait plus de satisfaire ses caprices pervers: il a pété une synapse cybernétique. Ces cyborgs sont vraiment obsolètes. C’est un miracle que celui-ci ait tenu jusque-là. Le rayon punitif carcéral descendu de la stratosphère l’a fauché. Il souriait. Etrange…

Les responsables de l’administration ont quand même tenu à finir la saison des safaris. En récompense, Babiole s’est vu accorder l’immunité. Toutefois pour la prochaine saison, il devra s’être trouvé une cachette, ou bien résoudre un autre meurtre de chasseur, tiens c’est une idée ça…

©Priss

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