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Son nom est Labarthe, Gilbert Labarthe.
Par Priss Publié dans Lecture farniente, OGL sur 18 octobre 2021 Un commentaire 3 minutes de lecture
Des nouvelles du fond de l'encrier. Précédent Suivant

OGL. Son nom est Labarthe, Gilbert Labarthe.

Bien calé dans son fauteuil, Gilbert Labarthe s’offre un petit Perrier-tranche bien frais devant un film choisi dans les Bond avec sir Roger Moore. Le Perrier frétille d’aise, le citron s’extase dans les glaçons. La chaleur de l’été landais écrase le toit de la maison robuste. Il fait bon dans l’ancienne demeure à poutres marron. Le chêne centenaire qui se dresse tout près procure l’ombre nécessaire. Gilbert aime sa maison, aime sa forêt, aime par-dessus tout qu’on lui foute la paix. Il habite un airial que l’on rejoint par un chemin sablonneux d’une départementale oubliée. Le bourg le plus proche se trouve ensuite à cinq kilomètres.

 Depuis des années, Gilbert emprisonne les vilains pour la brigade de Mont-de-Marsan. Sa voiture blanche et fatiguée sillonne inlassablement les routes traquant entre autres l’escroc, ou le minable qui tabasse sa femme à longueur de sangria mal fruitée. Gilbert aujourd’hui est de repos, un repos bien mérité d’après lui, mais pas vraiment d’après son lieutenant qui lorgne les stats en quête de promotion. Gilbert s’en fiche. Il ignore superbement ces remarques ou même ces avertissements. Son dossier est épais comme une encyclopédie, il le sait, sauf qu’ils ont besoin de lui à la brigade.

 Bref, voilà un polar bizarre qui débute comme d’autres un verre à la main et le téléphone qui sonne suivi d’un grommellement réprobateur.

— On a une disparition dans un EHPAD.

— Et ?

— Et tu y vas parce que c’est la troisième ce mois-ci.

— On a retrouvé les autres ?

— Non.

Gilbert renifle. Son nez le gratte. Quelque chose cloche.

— Des résidents en service protégé ? devine-t-il.

— Pas tous les trois, deux.

— Deux ont réussi à sortir du même service fermé, du même EHPAD ?

— Oui l’ARS est sur les dents.

— Parce que la direction de l’établissement est zen comme un moine bouddhiste ? 

Un moment d’hésitation :

— La directrice est la troisième disparue. On vient de nous la signaler.

Gilbert a failli avaler la tranche. Il tousse longtemps puis reprend :

— Comme c’est la troisième, on commence les recherches maintenant.

— C’est ça. Disparition inquiétante.

— Et c’est moi qui m’y colle.

— C’est ça.

— Parce que le nez me gratte.

— Le nez te gratte ?

— Oui.

Silence sur la ligne, tout est dit ou presque. Le chef reprend :

— On est bien dans la merde alors. Je te balance un mail avec les détails.

Gilbert raccroche et s’agace  :

— On est bien dans la merde ? Tu parles ! JE suis bien dans la merde et si près de la retraite. 

L’ordinateur sonne le glas au propre comme au figuré, une notification de sa boîte pro : le message avec les rapports des premières disparitions est déjà arrivé.

(à suivre)

©Priss


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