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OGL. Journée de merde.
Par Priss Publié dans OGL sur 2 janvier 2022 Un commentaire 10 minutes de lecture
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OGL. Journée de merde.

Chapitre sept

La journée de merde ne commence pas comme prévu. 

— Allo, inspecteur Labarthe ?

Gilbert qui boit son café reconnaît les accents rugueux de la commissaire Nando. 

— J’écoute… répond-il avec sa pointe de suffisance habituelle.

— J’espère bien, inspecteur. Je ne sais pas ce que vous faites en ce moment avec votre affaire. On nous a signalé un corps près de l’EHPAD Saint-Martin. Cela vous intéresse ? continue la voix acide de sa supérieure. Apparemment, un chien l’a trouvé.

Gilles s’étouffe avec son café.

— J’entends que cela vous interpelle. Je vous enjoins, donc, à vous y rendre immédiatement et à vous mettre à bosser. Vous n’avez pas avancé.

— Mon nez… ne fonctionne pas bien

— Je me fous de votre nez en panne, faites votre travail d’enquêteur ! La scientifique s’y trouve déjà, même le le médecin légiste s’est déplacé. Bougez-vous Labarthe !

Elle raccroche au fameux nez de Gilbert. Stéphanie s’est vengée en signalant sa découverte ou du moins celle de Riton directement au poste. Pire, elle a appelé la commissaire Nando, cousine très lointaine, mais bien pratique pour le remettre à sa place. Gilbert Labarthe se débat une fois de plus dans un panier de crabes femelles qui gagnent chaque fois. Furieux, il attrape ses clefs. Il doit aller voir de quoi il en retourne. Il ne se l’avouera jamais, mais sa supérieure a raison : Gilbert va enquêter « à la classique ». Après tout, c’est pour cela qu’il est allé jusqu’à Périgueux à l’époque : devenir policier, puis inspecteur. Il se met donc en route dans la voiture blanche.

Arrivé sur place, il retrouve le légiste.

— Il va falloir du temps et une autopsie, déclare celui-ci. J’ai beaucoup d’os et un peu de chair. Le chien a contaminé la dépouille.

Gilbert se dirige vers le trou, s’accroupit au bord de celui-ci. Il reconnaît les poils du chien en question parmi les restes du corps. Le crâne a été aussi grignoté…, non, pas grignoté, pense Gilles qui n’y observe aucune marque de dents. Il en parle au légiste :

— Je ne vois aucune trace de dents alors que…

— Tout à fait, les os sont quasiment propres à quelques lambeaux près et pas d’empreinte de dents, de crocs ou autres…

Étrange, en effet… Pourtant le nez de Gilles reste tranquille. Il regarde aux alentours un peu désarçonné. Il remarque le technicien qui prélève des échantillons. Gilles l’interpelle :

— Tu as trouvé quelque chose ?

Son interlocuteur hausse les épaules.

— On verra. J’ai récupéré de la terre, de végétations et de poils de chien.

— OK.

Le légiste annonce :

— Il faudra du temps pour confirmer l’identité.

— J’irai chez la directrice. De toute façon, je devais reprendre les fouilles là-bas. Vous aviez des échantillons des deux autres pour comparer ?

Le technicien acquiesce. Gilles se donne du courage : 

— Bon, y’a plus qu’à, 

Il va aussi devoir se rendre chez les Véga puisque leur sale chien a déniché le cadavre. L’inspecteur rejoint sa voiture en passant sur le côté gauche de l’établissement. Un camion démarre au moment où il tourne au coin manquant de le renverser.

— Ihl de put ! Fais attention, crie-t-il en vain, l’engin marqué « Alonzo » est déjà sur la départementale.

Il se gare devant la maison de plain-pied de ses amis, la porte officielle est barrée par un volet. L’inspecteur fait le tour en appelant. Le silence lui répond, pas d’aboiements pour une fois. Gilbert s’inquiète un peu pour le cabot. En temps normal, rien ne l’empêche d’arriver sur l’inspecteur en hurlant dans sa langue de canidé, ni les portes fermées, ni les rhumes de chien, ni les indigestions de saucisses. Rien ne l’arrête. Gilbert réalise alors que Riton doit être bien mal en point. 

Ses pas le conduisent à l’arrière où la porte-fenêtre qui donne sur la terrasse ombragée s’ouvre sur Stéphanie. Elle l’attend les mains sur les hanches, les yeux brillants de colère. Gilbert décide de s’aplatir, si Riton va mal, rien ne servira de discuter avec sa meilleure amie.

— Je suis vraiment désolée, Stéphanie.

Froidement, elle réplique :

— Va t’excuser auprès du chien.

Gilbert s’engage dans la cuisine, puis dans le salon ou Riton dort sur son bout de canapé. José roupille de concert, ce qui est plutôt inhabituel. Gilbert s’approche gauchement en se raclant la gorge. José ouvre un œil pour marmonner :

— Il est complètement shooté, impossible de le calmer autrement. Reviens plus tard.

— Toutes mes excuses José, j’ai merdé avec Riton. Je n’aurais pas dû.

— Ouais, grommèle-t-il, tu t’en fous de mon chien. Tu veux juste les infos que Stéphanie a dégotées.

Gilles se tait bien conscient que son ami n’a pas tort.

— Vas-y. Elle t’a déniché des trucs. Tu reviendras bichonner Riton avec un kilo de saucisses de Toulouse quand tu auras attrapé ce qui rôde là-bas. Ce n’était pas joli à voir. Ce qui traîne n’est pas tendre avec les humains, surtout les vieux. Permets-moi de te signaler que nous ne sommes plus de première jeunesse non plus.

Sur ces mots, José referme l’œil. Gilbert quitte la pièce bien heureux de s’en être tiré à si bon compte. José a raison, il est temps de bouger son cul. Le cadavre ou les restes de cadavre qu’il a vu n’augurent rien de bien. Il rejoint Stéphanie assise à la table de l’extérieur. Sans l’inviter à en faire de même, l’aide-soignante toujours aussi glaciale l’informe en quelques mots sur ce qu’elle a appris pendant sa partie de scrabble. Puis elle se tait. Alors, l’inspecteur tente de s’excuser :

— Stéphanie…

— Merde Gilbert ! Tu fais chier. Reviens quand tu auras changé de comportement.

Elle se lève pour rentrer.

— Je te promets de ne plus toucher Riton, déclare-t-il gauchement.

— Comme s’il ne s’agissait que de ça. Tu es insupportable, j’ai même le sentiment que ça empire avec l’âge.

Elle franchit la porte-fenêtre, la referme laissant Gilbert les bras ballants complètement perdu. Qu’a-t-il fait encore ? Renonçant à comprendre ce monde, l’inspecteur rejoint sa voiture pour aller chez la directrice de l’EHPAD. 

La maison de Mme Chamberlain le plonge dans la tristesse. Moderne avec un toit plat, elle se dresse dans le vieux village comme une verrue sur le nez de Cléopâtre. Gilbert reconnaît l’architecture de certaines villas sur la côte.

— Construire un truc pareil ici devrait être interdit. Qui a donné le permis pour cela ?

Il sort de la voiture en pestant et se dirige vers la porte d’entrée qui le fait grimacer. Il l’ouvre et s’avance. Les collègues sont passés par-là vu la pagaille. Il devra vérifier ce qui a été saisi puis apporté au poste. D’ailleurs, il aurait dû commencer par cela. Mais les méthodes de Gilbert ne sont pas toujours les mêmes que celles attendues. Bref, le statut de certaines de ses enquêtes, dont celle-ci, lui donne le champ libre. Le voici donc dans la maison avec en tête les informations de Stéphanie :

— Elle n’aurait pas laissé des traces de magouilles au bureau. S’il y a quelque chose, c’est ici.

Gilbert cherche longtemps, méthodiquement, feuille par feuille, fichier par fichier. Il fouille tous les coins, les placards, les dessous de meubles, les armoires, les tiroirs, les pots de fleurs, bref il regarde partout. Chaque livre de la bibliothèque est parcouru. Il y passe des heures. La nuit est tombée depuis un moment lorsque Gilbert se retrouve à court d’idées. Planté devant l’escalier, il réfléchit. C’est peut-être qu’il n’y a aucune trace ? À la place de cette Chamberlain, il aurait détruit toutes les preuves. Envoyer une personne en secteur protégé si elle n’était pas démente est quand même sérieux, surtout si elle disparaît. La directrice a certainement fui réalisant qu’elle serait démasquée ? Sauf que toutes ses affaires sont ici. Labarthe ne sait plus que penser. L’escalier en bois le nargue. Gilles l’observe, quelque chose le gêne. Serait-ce le bruit que font certaines marches quand on y monte ? Après tout, les escaliers en bois grincent souvent. Puis c’est l’illumination, voilà ce qui dérange Gilles dans cette maison ultra moderne : l’escalier devrait être en béton. Il s’attaque alors aux marches, plusieurs s’ouvrent sur des pulls, ou des doudounes. Une dernière quant à elle contient des carnets de divers formats, à la couverture plus ou moins esthétique. Gilbert souffle :

— Il va falloir que je me tape des confessions de vieille fille ! Parce que s’il y a quelque chose ce sera là-dedans évidemment.

Il ramasse l’ensemble en râlant sur les étranges habitudes des femelles humaines, trouve un sac de course et fourre le tout à l’intérieur. 

— Autant le faire à la maison, j’en ai pour au moins deux jours de niaiserie. J’espère que j’ai assez de café pour y survivre.

Pris d’une soudaine inspiration, il retourne dans la cuisine, rouvre tous les placards à la recherche du breuvage magique. Il peste en voyant les capsules, mais finit par trouver le saint Graal pour Gilles Labarthe : au fond d’un caisson, il découvre un pot de café lyophilisé. 

— Magnifique, dit-il en l’attrapant.

Le trésor en poudre atterrit dans le sac avec les carnets. Le nez a besoin de carburant, nécessité de retrouver le ou la coupable fait loi. Une fois le Gilbert dans la voiture, celle-ci file vers son refuge.

(à suivre)

©Priss

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