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OGL. Burn baby burn.
Par Priss Publié dans OGL sur 23 janvier 2022 Un commentaire 5 minutes de lecture
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OGL. Burn baby burn.

Dans la caserne, l’alarme retentit. Tout le monde plonge dans sa tenue. Les bottes tapent le sol avec détermination. À l’instar d’un certain cavalier masqué, le véhicule, la grande échelle, déboule sur la départementale illuminant la nuit des Landes. Le feu menace le quartier. Déjà, les voisins évacuent dans les larmes ou la peur. La conductrice sait parfaitement où aller. Comment ne pas connaître la maison si moderne qui se dresse ou plutôt qui se dressait comme une provocation dans « le vieux centre » ? 

Sur place, Labarthe observe les flammes qui lèchent les murs. Des braises menacent les pins aux alentours. Il lui semble que toute la forêt frémit d’effroi devant le feu. Ce n’est pas une coïncidence si cette maison brûle cette nuit. Cette affaire est de plus en plus étrange. Son Nez reste pourtant aussi silencieux qu’un un matin d’hiver. Quelle plaie !

Il a déserté les lieux de l’incendie, et s’énerve à présent contre sa porte qui ne s’ouvre pas. L’airial s’éveille avec l’aube. La brume du matin s’élève aux abords. Au fur et à mesure qu’elle monte, ses os crient à l’humidité. Mais Gilbert Labarthe les ignore. Ici, c’est comme ça, on fait avec. Après avoir malmené la pauvre serrure, elle se débloque en couinant. Le salon l’accueille avec une pile de carnets à couverture argentée. Gilbert soupire, hésite. Son édredon, qui l’appelle, se trouve tout près…le coin blanc le nargue. Il décide de continuer sa lecture même si elle est inintéressante. S’il passe encore à côté de quelque chose, la commissaire Nando ne le ratera pas. Décidément, il y a bien trop de « chieuse » dans sa vie. Il va se faire un peu de café lyophilisé pour se remettre à sa tâche.

Dans sa piaule, Alonzo bâille. La journée de la veille a été éreintante. Il est allé, une fois de plus, faire le ménage. Il fallait se débarrasser « des encombrants ». Elle lui a aussi ordonné de cramer la maison de la directrice pour faire diversion. Le drôle d’inspecteur et cette fouineuse s’approchent d’un peu trop près de la vérité au goût de sa créditrice.

Il se laisse glisser dans les bras de son canapé et s’endort. Le téléviseur veille sur son sommeil en chuchotant sa litanie de pub, de programmes à destination d’un public décervelé. Alonzo, lui, quitte le plancher des vaches ou plutôt des moutons, après tout nous sommes dans les Landes. Un troupeau s’égaye dans un paysage d’anciens marais de jadis. Il se retrouve ensuite percher sur ses échasses, celles qui traînent dans le garage. Tel un pantin désarticulé, elles l’entraînent malgré lui jusqu’au village sur une ligne de départ.

La course démarre sans avertissement. Les concurrents s’affrontent sur le regard des connaisseurs. Alonzo parierait bien contre lui-même, car un adversaire vient de se détacher. Sa cape s’envolerait presque, alors que sa capuche reste parfaitement accroché à sa tête. Il vole littéralement vers la victoire. Les échasses de ce concurrent ne touchent jamais le sol. Même dans un rêve c’est un peu gros, il va perdre contre ce tricheur qui flotte. Une mise sur celui-là et il remporterait de quoi se refaire. Le travail de blanchisserie use son corps et il risque aussi la taule à cause « des encombrants ». Seulement, il doit rembourser cette sauvage. Dommage que les échasses volantes n’existent pas dans la véritable vie. En joueur indécrottable, il est certain qu’il aurait pu « se refaire » grâce à elles.

Alonzo grommelle et s’enroule autour d’un coussin. La course est terminée. « Le gagnant volant » le regarde du fond de son capuchon. Paniqué, il découvre un crâne. Son cœur bat la chamade. Il comprend bien qu’ici tout est permis, et tout se paye. Dans ce rêve, ses démons viennent le hanter, il avait été averti. Sinon pourquoi ce tas d’os aurait-il chaussé ses échasses ? Il ne les utilise plus depuis bien longtemps. Il ne les mettra plus. Un gyrophare au loin, l’alarme résonne. le voilà qui s’enfuit vers une forêt.

Il la traverse en courant, les sirènes aussi. La voiture se rapproche. Alonzo se prend toutes les branches à sa hauteur, butte sur toutes les racines, s’enfonce dans les fougères. Il atteint enfin la lisière, sort de l’abri des pins. Une fois de plus, le vent souffle, fort, effrayant. Les arbres derrière lui crient à l’aide. La voiture s’est enfuie devant l’ouragan qui arrive. Comment s’appellera celui-là ? Il se souvient de Klaus et Martin qui ont bien malmené sa terre. Il regarde en face de lui. Un champ de maïs se couche. Les épis lui sourient avec un rictus de tueur, un sourire qui a faim. La panique lui tord la glotte. 

Dans son canapé, Alonzo se réveille en étouffant. Il halète. La sueur coule le long de sa nuque, de son dos. Il a aussi chaud qu’en poussant les chariots remplis draps. Le linge, les os… Alonzo n’en peut plus, il remboursera sa dette, puis quittera cet enfer blanc sans se retourner.

(à suivre…)

©Priss

Image par Christian Storb de Pixabay


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