menu Menu
OGL. Attention Riton enragé !
Par Priss Publié dans OGL sur 29 novembre 2021 Un commentaire 7 minutes de lecture
OGL. Retrouvailles. Précédent OGL. Service protégé. Suivant

OGL. Attention Riton enragé !

Chapitre Quatre

Gilbert se dirige directement vers son bureau avec une boîte sous le bras. Une fois installé, il en sort un sac en plastique.

— J’espère que tu manipules les preuves dans les règles, le sermonne un collègue en riant.

Gilles émet un son ressemblant à un « pffff » pour la forme. Ces taquineries ne le dérangent pas, car cela fait partie de son personnage. Tout le monde doit être persuadé qu’il fait tout dans les règles. La vérité reste entre sa hiérarchie et lui. Certains rapports de certaines affaires doivent parfois être adaptés en fonction des démangeaisons de son nez ou des résultats plutôt étonnants. Depuis l’enfance, Gilbert démêle rationnel ou l’irrationnel en suivant son nez. Son travail lui a permis d’y exceller. Même à la retraite, tout cela n’est pas près de changer, il le sait. Il ne se fait pas d’illusion : son appendice nasal ne doit pas connaître le concept. Au moins, il n’aura plus les affaires « plus classiques » à traiter. Il observe la tasse emballée par le labo dans le sac. Elle avait contenu du thé d’après leurs constatations. Il sort les siennes, emballées elles aussi. Elles sont identiques. Il les renifle, les pose devant lui et marmonne au-dessus du service. 

— Tu cherches dans le marc de café maintenant ?

Une autre collègue passe en se moquant elle aussi. Gilbert ne s’en émeut pas, et continue son examen. Le nez le chatouille, tient, tient. Il patiente attendant que les lieux se vident. Une fois tranquille, il emporte les cartons sous le bras pour les ranger dans son coffre. Sous les pins, on réfléchit mieux d’après Gilbert Labarthe. 

Dans le chemin sablonneux qui l’amène chez lui dans la nuit, il croise quelques animaux et des ombres furtives au détour de ses phares. Gilbert soupire :

— Quoi encore ! 

Il se gare, descend et attend. Des silhouettes s’assemblent, mais restent à la lisière de l’airial. La lune pleine éclaire la maison blanche qui luit. La brume va se lever bientôt. Le temps idéal pour des visites impromptues de spectres autres créatures. Il gueule :

— Vous êtes trop près ! Vous voulez que les crétins de la télé reviennent ou pire des amateurs de livres de Fantasy ?

Les silhouettes s’évanouissent tandis que le propriétaire des lieux se mouche bruyamment. Ilh de pute ! Que son nez le gratte !

Après avoir sorti le carton dans son coffre, il farfouille ensuite dans sa poche pour récupérer ses clefs. Lorsque la porte s’ouvre sur la fraîcheur de son antre, Gilbert expire de soulagement. Il s’avachit dans son fauteuil moelleux, soupire, puis marmonne encore au sujet d’Anja et Gaspard. 

Il attrape une tasse dans la boîte et ferme les yeux un instant. Les odeurs de thé atteignent le Nez qui renifle à qui mieux mieux. Gilbert se concentre sur la fragrance fleurie. Le policier, bien calé dans son siège, marche à présent dans la forêt du monde de l’autre côté. Les pépiements des oiseaux se mêlent aux tintements sonores du petit peuple. Les fougères hautes abritent des chuchotements. Des hurlements joyeux résonnent. La meute s’amuse. Rien n’a changé par ici. Tout est calme, se dit-il, enfin calme…rien d’inhabituel, quoi. Puis, il entend autre chose marcher dans son rêve. Quelque chose qui lui fait froid dans le dos. Quelque chose qui est perdu, qui a faim. Quelque chose qui n’appartient pas à cette l’autre réalité, ni à la sienne, celle où Gilbert est assis dans fauteuil, ou peut-être si, peut-être de notre côté ! Nom d’un toupié, qu’est ce qu’on a encore foutu !

Gilbert se réveille. Les frissons habituels reviennent. Il tremble un peu. Quelques inspirations, expirations plus tard, il reprend sa routine vespérale. Il se prépare un hachis parmentier surgelé tout en regardant un énième James Bond avec ses midinettes bien dociles et ses poils au torse comme un vrai bonhomme. Lorsqu’il se glisse sous ses draps, c’est un sommeil sans rêves qui l’accueille.

Le lendemain, il décide de retourner à l’EHPAD pour vadrouiller autour. Oui, vadrouiller, le policier Labarthe ne cherche pas les indices le nez vers le sol, mais plutôt en l’air. Comment fait-il ? Nul ne le sait, mais il trouve toujours, enfin souvent. À peine sorti de sa voiture, il entend les aboiements exaspérants de la bestiole la plus exaspérante des Landes. 

— Riton ! Ta gueule !

Cette fois, c’est la douce voix de José qui retentit pour faire taire le chien. Gilbert lève la tête et soupire. Il va se tuer un jour ! Perché sur le toit pentu à la landaise, il s’évertue à réparer ou vérifier bref à y faire des trucs certainement pour le plaisir d’y être.

— Alors inspecteur, on inspecte ? crie ce dernier en regardant vers le bas.

— Ah non toi tu inspectes apparemment moi, je vais vadrouiller.

—  Évidemment. On est bien décidément.

José rajoute la voix inquiète :

— Elle fait des heures sup ici.

— Oui, je m’en suis douté en te voyant sur ce toit

— Tu avais promis…

— Je n’ai rien demandé et même j’ai tenté de lui faire peur.

— Pour ce que ça a été efficace

— Tu la connais ta femme ? s’agace Gilbert. 

José la connaît. Il repart à sa fausse inspection ou réparation en ronchonnant. Rien ne sert d’essayer de faire boire un âne qui n’a pas soif disait sa grand-tante du Gard, dans un autre sud un peu plus à l’est des Landes. Stéphanie illustre tout à fait ce proverbe.

Gilbert lui se met en route. La lisière l’attend. Il balade son nez partout à proximité des deux baies appartenant aux studios des disparus. Rien ne vient le démanger. Il s’enfonce dans la forêt en partant des fenêtres en question. Les prémices de la gratouille arrivent assez rapidement, s’intensifient légèrement. Il continue à marcher pendant une demi-heure en suivant leur piste, puis plus rien. Les pins ont laissé la place à un champ. Il le longe un instant, mais rien ne vient troubler sa quiétude nasale. Il rebrousse chemin dans les arbres, la gratouille ne réapparaît pas, même pas un peu. Est-ce que Gilles Labarthe, seul inspecteur des affaires, disons confidentielles, se serait trompé ? Est-ce que son nez aspire aussi à la retraite ? Gilbert reste dubitatif. Peut-être que ces disparitions sont tout à fait classiques alors ? Comment a-t-il pu se gourer à ce point ? Il revient une heure plus tard, mécontent, vexé. José toujours sur le toit le salue, mais Gilbert boude. Il l’ignore ostensiblement. Riton qui le poursuit en jappant se prend un coup de pied rageur accompagné d’une insulte. Le chien s’écarte, puis s’enfuit vers la forêt en glapissant.

De son perchoir, le charpentier s’énerve :

— Oh ça ne va pas non ! Il ne t’a rien fait ce chien !

— Déjà, il existe, aboie tout le temps et il pue. Fais-le piquer !

Labarthe claque la portière, puis démarre en trombe. Il roule à toute vitesse sur une départementale déserte sirène et gyrophare allumés pour rentrer bouder dans son antre. En plus, il découvre en arrivant que sa réserve de Perrier est vide. Chienne de vie. 

©Priss

Photo d’illustration Free Stock photos by Vecteezy


Précédent Suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Cancel Laisser un commentaire

keyboard_arrow_up