menu Menu
Dissipation.
Par Priss Publié dans Histoires Courtes sur 31 octobre 2017 2 Commentaires 17 minutes de lecture
Nettoyeurs Précédent Une belle paire de jambes (Abigail McDowell) Suivant

Dissipation

Nicolas est assis sur un fauteuil en cuir marron, un de ceux qui ont des bourrelés ponctués de boutons. Il aime ce fauteuil.
Assise en face sur un canapé assorti, les yeux d’Astrid si brillants, le regardent sans le voir. Nicolas grommèle :
-C’est toujours pareil.

Elle sursaute :

-Qui est là ?

Le silence lui répond. Nicolas aimerait tant se donner des claques silencieuses pour sa maladresse.

-Je deviens parano, s’inquiète-t-elle une fois de plus.

Elle a emménagé chez lui depuis six mois. Depuis six mois, il vit avec elle…sauf qu’elle ne le sait pas.

-C’est bien dommage, soupire-t-il.

Elle se lève d’un bond :

-Qui est là ? C’est toi Nicolas ? demande-t-elle en fixant le fauteuil.

Le silence encore.

Nicolas change de pièce pour aller tenter de se cogner la tête contre un mur sans qu’elle ne l’entende. « Quel idiot ! » s’irrite-t-il contre lui même.
Il ne manquerait plus qu’elle se fasse interner à cause de lui.

L’histoire de Nicolas:

Il ne s’était pas aperçu tout de suite qu’il disparaissait. Un jour, il avait cru avoir la berlue en passant devant une vitrine : il ne voyait plus son reflet. Il a agité les bras comme un épouvantail, les jambes, rien ! Et personne ne faisait attention à lui : pas de regard de travers, pas de changement de trottoir devant son comportement, pourtant, pour le moins étrange.

Déambulant dans le quartier, le jeune homme s’était retrouvé, lui et ses cheveux bouclés, une ou deux vitrines plus tard, parmi des chaussures orthopédiques.

-Je suis peut-être devenu un vampire ? avait-il-rigolé.

Comme on ne sait jamais, il avait feuilleté tous les ouvrages sur les suceurs de sang qu’il trouvait, consulté les sites internet et a regardé tous les films d’épouvante, même ceux qu’ils l’étaient moins.

Ce nouveau hobby en vogue lui valut quelques incartades, disons un peu saignantes. Tout cela l’amusait et lui rappelait ses années Lagarde et Michard quand, habillé en noir des pieds à la tête, il courait les filles ; ou plus tard, ses années Common Law en blazer bleu-marine à écusson, lorsqu’il enchaînait les aventures d’un soir ou deux dans les pubs de Londres.

Pas vraiment naïve, ni même aveugle, Astrid se plaignait :

-On se voit plus, que se passe-t-il ?

-Absolument rien, ma chérie. J’ai juste beaucoup de boulot…

Mais le reflet du jeune homme persistait à nouveau et surtout il y avait Astrid, toujours présente, aimante. Alors Nicolas, avait rapidement laissé tomber les aventures en tout genre, les saignantes ou celles carrément cuites.

Et Astrid avait retrouvé son amour bouclé.

Puis, ça avait recommencé mais par intermittence, comme du courant alternatif. Il y eut d’abord d’innombrables :

-Nicolas ! Je ne t’avais pas vu !

La plupart du temps, le jeune homme se trouvait à moins de deux mètres de son interlocuteur, au centre de son champ de vision, le saluant des bras, des pieds et des mains, le tout, dans des rues quasi-désertes.

Les vitrines, les miroirs, fidèles témoins de son existence, l’abandonnaient de plus en plus longtemps. Un soir, au cinéma, il disparut un instant, laissant un fauteuil vide. Il réapparut sous les fesses d’un homme velu, tout à fait confus de ne pas l’avoir vu avant.

-Ce n’est pas grave, monsieur, ça arrive dans la pénombre… l’avait rassuré Nicolas aussi gêné que lui.

Il devait s’y faire : il disparaissait, réapparaissait à l’instar d’une image de télévision mal réglée.

Ensuite, ses affaires se sont aussi mises à disparaître. Il n’a plus compté le nombre de fois qu’Astrid lui a demandé où il avait fourré son sweat-shirt rouge qu’elle aimait tant.

Comment dire :

-Il a disparu, comme le superbe cadeau que tu m’as offert il y a deux semaines.

Son appartement s’est vidé peu à peu de ses affaires préférées. Nicolas mentait à tout le monde en expliquant qu’il avait rangé, trié ou jeté. Comment raconter ça ? Ne devenait-il pas fou ? Déjà sa mère avait flairé quelque chose. Elle ne le lâchait pas :

-Qu’est ce qui se passe Nicolas ? Tu as besoin d’argent ? Tu peux tout me dire. Nicolas écoutait les angoisses de sa mère, la drogue, le jeu, les combats de rue ou autres addictions encore plus farfelues.

Comme d’habitude, Astrid, ne voyait rien. Elle s’agaçait parfois de tourner en rond en le cherchant pour le retrouver dans une pièce qu’elle venait de quitter. Un jour, elle lui avait demandé, exaspérée:

-Tu fais exprès ??

-Bien sûr, je fais exprès ! avait-il hurlé de frustration. Ton appartement est un putain de château !

Ce jour là, il avait quitté le trois-pièces d’Astrid en claquant la porte. C’est elle qui l’avait rappelé trois jours plus tard, trois jours qu’il avait passés sans disparaître. Le sweat-shirt rouge était même réapparu.

-Va savoir, dit-il en le retrouvant sur le fauteuil marron aux bourrelés de cuirs.

Pendant ces trois jours-là, Astrid avait pris des congés. Elle courut les agences immobilières, pensant que son appartement ne convenait pas à son amour.

Mais elle n’avait rien trouvé qui puisse lui plaire. Nicolas attaché à son quartier aux trottoirs crottés, à ses habitudes de pain à la châtaigne, ne quitterait pas sa tanière pour une autre moins bien placée même, voire surtout, avec un jardin en banlieue.

Au bout du troisième jour, elle l’appela. Leur conversation s’était déroulée à peu près comme cela : Astrid s’excuse, Nicolas lui demande pardon. Elle raconte ses journées immobilières. Il est gêné. Silence. Astrid se lance car c’est une femme courageuse :

-Si tu veux, je pourrais venir vivre chez toi. C’est plus grand et mieux placé…

SILENCE.

Devant la vitrine de la dernière des décevantes agences immobilières, Astrid attend la réponse de Nicolas. Point de non-retour.

SILENCE

Nicolas réfléchit à la vitesse de la lumière. Cela fait trois jours qu’il n’a plus disparu, Astrid lui manque terriblement. Son sweat-shirt rouge a refait surface.

SILENCE

-Donne ton préavis.

La devanture de l’agence immobilière sourit à la jeune femme en face d’elle.

Seulement, peu de temps après, à son grand désarroi, Nicolas a recommencé à disparaître avec discrétion mais de façon permanente. Tout d’abord, il a eu des soucis capillaires. Ses cheveux ne devenaient pas blancs, pire: ils disparaissaient.

Astrid, bienveillante, persuadée qu’il subissait les assauts du temps conjugués à ceux de la génétique, lui prit rendez-vous dans une clinique du cheveu au coin de la rue. Il l’a remerciée, elle l’a un peu taquiné. Bien sûr, il n’y est jamais allé.

Lorsque finalement  les trois quarts de sa tignasse  avaient disparu, il s’est rendu chez son coiffeur faire raser le reste. Les boucles avaient laissé la place à un crâne lisse.

-Magnifique mon chéri, a menti sa mère.

-Enfin mais qu’est-ce qui t’a pris ? a demandé Astrid, dans un sweat-shirt rouge.

-Oh c’est plus simple comme ça…

Un jour, on proposa à Astrid un nouveau projet très chronophage démarrant rapidement. Elle ne put refuser : il fallut repousser un peu le changement de vie. Elle proposa à Nicolas :

-Deux mois de célibat de plus, ça nous fera du bien. De toute façon, je vais beaucoup bosser, on ne se verra pas, autant vivre chacun chez soi en attendant.

Nicolas fut soulagé d’entendre ça, d’autant qu’il ne savait plus comment faire : le processus de disparition était entamé au niveau des orteils et des doigts. Cela lui posait de sacrées difficultés. Il s’était même fait licencier.

– Ça tombe mal quand même…Je n’aurai pas le temps de gérer le déménagement.

-Prends ton temps, répondit-il plutôt content de ce nouveau délai. Je me charge de tout.

La jeune femme était dubitative.

-Je vais t’aider. Je dois pouvoir avoir une petite semaine avant de commencer sur le projet. Ça devrait suffire.

Efficace, elle avait tout organisé : le réaménagement de l’appartement, le changement d’adresse, le partage des factures et des placards. Elle avait même préparé ses cartons. A la fin de la semaine, tout était prévu pour le futur déménagement. La jeune femme rentra chez elle.

Nicolas retrouva ses cheveux, ses orteils et ses doigts, et en prime un travail plus intéressant même. Son quartier lui souriait à nouveau dans ses vitrines. Il se regardait dans le miroir de Luce, le coiffeur qui s’occupait de ses nouvelles boucles.

Il rencontra bien une ou deux ex-vampirellas mais changeait de trottoir à chaque fois. La tentation aurait été trop forte sinon.

Ses copains le repéraient au premier coup d’œil, de loin et même dans une rue bondée de fêtards. Ils riaient :

-Arrête de faire l’épouvantail, on te voit Nico !

-Non, vous m’avez vu???? s’étonnait-il.

Ses amis riaient de sa bonne plaisanterie. Quel déconneur ce Nico !

Nicolas était heureux de retrouver sa vie, de se retrouver tout court d’ailleurs. Il comptait les jours jusqu’à l’emménagement d’Astrid.

-Elle arrive bientôt, disait-il content à sa mère, au téléphone.

Un soir, peu de temps avant son emménagement, Astrid l’appela :

-Je n’ai pas besoin de travailler ce soir. Est-ce que je peux passer ?

Ravi, il répondit :

-Bien sûr, après tout c’est bientôt chez toi.

Évidement ils passèrent une bonne soirée d’amoureux.

Mais le matin, Nicolas se réveilla catastrophé. Quelque chose n’allait pas. Il glissa la tête sous la couette : ses jambes avaient complètement disparu. Ça recommençait.

Heureusement Astrid était déjà partie. Que faire ? Branle-bas de combat, il se traîna jusqu’à sa chaise de bureau à roulettes qui lui servirait de chaise roulante en attendant. Mais ça ne suffirait qu’un temps, si le reste disparaissait aussi ?

Au fur et à mesure, Nicolas s’organisa. Avec l’aide d’internet, il avait commandé de quoi pallier la disparition de tous ses membres, pris des congés sans solde et fait des réserves de victuailles.

-N’empêche, comment vais-je faire sans mes bras ? se demandait-il.

Bien sûr, ce n’était pas seulement la disparition probable de ses bras qui l’inquiétait…

Et que dire à Astrid, ou sa mère? Elles allaient lui parler de médecin, traitement etc. « Mais je ne suis pas malade : je disparais. Que peuvent faire les blouses blanches ? Devenir un rat de laboratoire ne fait pas non plus partie de mes options préférées. »

Alors, il finit par se résigner. Il se coupa du monde, de sa mère Nadia, de ses amis et même d’Astrid, quelques rares conversations téléphoniques par ci-par là, des vacances imaginaires, des absences professionnelles. En un temps record, il devint un courant d’air.

Heureuse d’être parvenue au bout de son labeur, Astrid était revenue voir Nicolas, encore plus heureuse de leur future nouvelle vie, mais inquiète qu’il ne réponde plus au téléphone.

Dans la boîte aux lettres, elle avait trouvé du courrier datant de quelques jours. La poubelle débordait. C’est bien simple, elle s’était même dédoublée en plusieurs exemplaires éparpillés dans l’appartement. L’odeur était terrible.

Astrid attendit longtemps son amoureux dans l’appartement aux les fenêtres grandes ouvertes, descendit les poubelles, puis alla le chercher chez le boulanger, au cinéma, partout.

Personne ne l’avait vu depuis quelques temps, ni ses voisins, ni ses nouveaux collègues, ni les anciens, ni ses amis, ni même sa mère Nadia… Il n’avait donné de nouvelles à personne.

Nadia était finalement arrivée. Elles l’ont cherché avec tout un tas de gens bien disposés, en vain.

Une policière leur expliqua alors que certains adultes disparaissent volontairement, que c’est un droit.

Comme tout était prêt, Astrid a quand même déménagé chez Nicolas. Elle a savonné les sols à grandes eaux, littéralement. Elle y a retrouvé le sweat-shirt rouge mais aussi une chaise roulante… C’était il y a six mois maintenant.

L’histoire d’Astrid

Astrid est toujours debout en train de regarder ce fauteuil en cuir tant aimé. La voix de Nicolas s’est tue. Elle est troublée. Depuis qu’elle a emménagé dans son appartement, elle a l’impression de sombrer dans la folie.

Pour elle, il est toujours là : grand, cheveux bouclés, rieur pour tout et rien. Elle a choisi de vivre ici un peu pour le retrouver, beaucoup, pour supporter son absence. D’ailleurs, elle l’entend régulièrement s’adresser à elle… Elle perd la tête, sans doute.

            Psy-chéri lui dit que c’est seulement son subconscient qui souhaite garder l’être cher auprès d’elle, qu’en vrai il n’est plus là.

-Il faut bien le comprendre, Astrid, Nicolas a disparu corps et biens, lui répète-t-il à chaque séance.

-Un psy à deux balles, a dit son amie Claudia

-Un psy remboursé, a-t-elle rétorqué.

-Tu n’as pas besoin de lui Astrid, mais d’un sorcier.

-Claudia…

– Je t’assure, quelque chose ne va pas !

-Claudia, arrête. Les malédictions n’existent pas, s’est impatientée Astrid.

-Alors qu’est ce que c’est ?

-La malchance, ou une coïncidence…

-Tu crois vraiment ce que tu me dis ? C’est quand même le troisième qui disparaît !

Astrid mit un terme à la discussion en pleurant à chaudes larmes de crocodile, plongeant ainsi son amie créole dans la confusion. Ses questions devenaient embarrassantes, comme si Claudia pouvait sentir sa véritable nature qu’elle tentait de cacher si soigneusement.

Posé en équilibre sur l’un des accoudoirs du canapé, le téléphone d’Astrid sonne. Sa mère… Les mères et leurs inquiétudes pour les chaussures trouées, les devoirs pas faits, les repas non avalés ou leurs filles qui deviennent cinglées.

Elle pense à celle de Nicolas qui placarde sans relâche les rues des villes, des villages, qui remue ciel, terre et stratosphère si nécessaire. Cette mère refuse l’évidence : Nicolas a disparu.

-Il est parti, Nadia, sans laisser de traces.

Mais cette mère n’y croit pas.

-Non Astrid, ce n’est pas possible, vous deviez vivre ensemble. Il était heureux. Quelqu’un le retient quelque part.

Au milieu de tous ces à peu près, cette mère à l’amour invincible s’était forgé une certitude désespérante.

Son téléphone sonne de nouveau. Claudia cette fois. Astrid décroche :

-Tu comptes te morfondre toute la journée ou tu viens à la plage avec moi ? Premier vrai jour de l’été, on l’a bien mérité avec cet hiver tout gris.

Astrid sourit. Claudia est une fille des îles. Même après toutes ces années, les hivers métropolitains lui paraissent toujours aussi longs. Elle ne lui répond pas tout de suite. Et si Nicolas revenait quand elle sera à la plage ? Si c’était vraiment lui qui lui parlait ?

-Astrid, tu l’as encore entendu ? reprend son amie, inquiète de son silence. Il faut que tu sortes de cet appartement. Viens prendre l’air avant que je ne t’enferme à Arkham…

La plaisanterie fonctionne, Astrid rit cette fois :

-Tu as raison, partons avant que je n’aie des velléités de conquérir le monde.

-Ah mais ça c’est une bonne idée. Je vais t’aider. D’ailleurs, on sera mieux sur des transats pour échafauder un plan. J’en réserve deux près du bar. N’oublie pas la crème solaire.

Astrid raccroche. Elle fouille dans ses cartons pas encore déballés à la recherche des affaires d’été.

Nicolas est inquiet. Astrid n’est pas rentrée, mais depuis combien de temps ? Il ne sait plus. Il ne sait même plus trop où il est, ou du moins n’en est pas sûr. Il lui semble qu’il se dissout dans le temps et l’espace. Finalement, une porte s’ouvre. Il se souvient. C’est la porte de son appartement.

Le sable de la plage dégouline sur le parquet, l’odeur de la crème solaire envahit l’air de l’appartement. Astrid est là, souriante, rouge écrevisse. Un paquet de vêtements finit dans la machine à laver. Le téléphone sonne. Il l’entend répondre :

-Bonjour maman, oui, oui, c’était de super vacances. On a passé trois semaines géniales. Je te rappelle plus tard ? Je viens d’arriver et j’ai envie d’une bonne douche.

Elle raccroche et va dans la salle de bain. Il la suit.

-Astrid, où étais-tu ? Tu es vraiment partie trois semaines en vacances? demande Nicolas abasourdi.

Elle tressaille mais continue son effeuillage.

-Attention ça va faire mal sous la douche avec ces coups de soleil, tente-t-il de plaisanter.

Astrid ne répond pas. Ses vêtements volent dans la corbeille à linge.

-Astrid…

Puis elle ouvre le robinet de la douche pour s’assurer de la bonne température de l’eau.

-…

Elle rentre enfin dans la cabine, ferme la porte.

Les bruits caractéristiques des canalisations ne se font pas attendre. L’eau coule sur les parois.

Quelque temps plus tard, une femme portant un sweat-shirt rouge adresse la parole à un jeune homme qui sort d’un jardin en banlieue.

-Fuyez avant qu’il ne soit trop tard ! Fuyez avant de vous perdre !

Le jeune homme la regarde dégouté : elle ne s’est pas lavée depuis longtemps, marche pieds-nus et ne sent pas bon.

Sur le pas de la porte, Astrid est sortie. Elle a reconnu la pauvre folle: la mère de Nicolas ne s’est jamais remise de la disparition de son fils. D’un regard mauvais, Astrid la fixe. Apeurée, Nadia part sans demander son reste.

©abigail Mc Dowell

Dissipation fantastique Histoires Courtes


Précédent Suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

  1. Style alerte et drôle.
    C’est léger avec une petite pointe de suspens.
    À suivre donc les nouvelles de Nicolas.
    Va t-il retrouver une apparence définitive ?
    Fabienne

keyboard_arrow_up