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Défi d'écriture raté 
Par Priss Publié dans Les mains dans l'encre sur 28 juin 2021 2 Commentaires 15 minutes de lecture
Entre troll et ogre, de Marie-Catherine Daniel. Précédent Les aventures extraordinaires de Ravinger et Ward. La licorne assassinée.  Suivant

Défi d’écriture raté

Il y a quelque temps alors que je butais sur une histoire au relent de naphtaline spatiale, je me suis lancée un défi. Il fallait écrire un texte avec des descriptions visuelles. J’ai utilisé des personnages de cette histoire et les ai placés dans un texte de Fantasy avec des pirates/dragueurs.euses de lac ( je ne suis pas bien certaine de ce qu’ils sont encore ).

Premier essai (avec un personnage du roman sentant la naphtaline spatiale)

L’Écarlate

Devant la foule rassemblée autour d’elle sur des gradins, l’Ecarlate salue. Les Délibérations commencent dans le brouhaha habituel des inattentifs. L’oratrice entend arriver « son rival » trahi par le chuintement du sol. Tous deux se saluent face à face : les énormes pieds de son adversaire lui font coucou. Étonnant qu’il arrive à se faufiler partout sans qu’on l’entende. L’Ecarlate se relève et regarde autour d’elle. Les Actions mises au vote aujourd’hui ne sont que des formalités, car au vu des résultats de chacun les deux opposants se sont déjà chargés des suites à donner. Les Délibérations doivent quand même avoir lieu, ne serait-ce que pour apaiser les velléités de leurs congénères, ensuite pour le sport de l’Urgubalien. Fergal ne leur pardonnerait pas de ne pas avoir droit à son pugilat. Il faut bien faire plaisir à sa vénérée Urgubal, mais surtout à son adorateur : l’Urgubalien à tout faire particulièrement les missions les plus délicates. L’urgubalien en question n’est pas encore arrivé, tant pis pour lui. Que le spectacle commence ! L’Ecarlate attaque la première. Elle vient de prendre un bain frais, elle se sent conquérante. Le Broussailleux n’a qu’à bien s’accrocher à son oiseau cornu, elle va les plumer tous les deux pour le plaisir.

— Pirates et Corsaires des quatre Univers ! La saison des éperronnages/éperronements est revenue. Qu’en dîtes-vous ?

Le cri de ralliement explose :

— BOUCANNNNNNNNNNN !

Le Broussailleux réplique :

— Comment les éperonnements ? Allons l’Ecarlate, tu crains les abordages ?

— BOUCANNNNNNNNNNN !

L’Amphibienne le regarde d’un air goguenard pour le public, mais elle est contrariée. Il fait exprès ou quoi ? Je vais quand même pas le tondre tout de suite ? Tant pis, d’un de ses gestes un tableau apparaît derrière-elle. Une liste de nom y apparaît en lettres électriques rouges sur quelques notes d’orgue retentissantes. Le Karma trône en première position que ce soit abordage ou éperonnement d’ailleurs. Tandis que le cri de ralliement résonne une nouvelle fois, elle se rapproche de son adversaire en mimant une danse de victoire, puis lui glisse en espérant qu’il entende :

— Tu vas nous faire rater notre show !

Il hausse les épaules :

— Ils sont bien assez excités de toute façon. La séance finira en bagarre général quoiqu’il arrive.

Il quitte la scène comme il se doit avec un air de Cornu battu. L’Ecarlate enfonce alors le clou :

— Éh bien nous voyons qu’il a rien à dire de plus.

Le silence se fait. Nom d’un Cornu ! Elle a oublié que la plupart ne savent pas lire les lettres de Kallix. Une  autre signe, hop, le tableau se met en mode langue universelle. Pour plus d’effets, elle allume la voix de l’Arbitre qui annonce :

— Le Karma et son équipage gagnent !

Le vaisseau de l’Écarlate l’a remporté. Elle réajuste le micro dans ses cheveux, puis :

— Qu’en dîtes-vous pirates ? M’accordez-vous votre confiance cette saison ?

— BOUCANNNNNNNNNN ! BOUCANNNNNNNN ! BOUUUUUUCANNNNNN !

Elle prendra la tête de la flotte des Corsaires des quatre Univers, cette saison encore. Il faudra être à la hauteur. Elle salue. Lorsqu’elle relève la tête, un cri poussé dans un mégaphone traverse le bruit de la foule en délire :

— Le Broussailleux a été joué. Le tableau des scores est truqué !

Finalement, Fergal a réussi à se réveiller à l’heure. D’autres cris s’enfouissent dans l’indignation bruyante de l’audience. Quelques éclats éclatent ici et là, puis des disputes de plus en plus nombreuses émaillent les gradins. Le mégaphone retentit une fois de plus.

— À bas le Karma et son Amphibienne !

Puis la foule s’embrase, le pugilat tant attendu a débuté. L’Ecarlate sourit. Fergal sait toujours comment arriver à ses fins, même si comme le Broussailleux l’a pointé, cette saison l’audience est particulièrement à cran. L’Écarlate part à son tour vers les vestiaires. La piste vide ne le restera que jusqu’à que le pugilat général en cours s’aperçoit qu’il y sera plus à son aise.

Dans les vestiaires le Cornu emplumé de Broussailleux l’accueille de son ton si aimable :

— Oh un crapaud !

— Ferme ton bec.

Elle lui ferme son bec avec un coup sec. L’oiseau tapageur est vexé, il choisit de s’envoler sur une poutrelle du plafond. L’Écarlate s’assoit en face de « son adversaire ».

— Qu’est-ce qui se passe, le Broussailleux ?

— Tu ne veux pas savoir grenouille.

— Ne m’appelle pas comme ça, je suis la leader des dragueurs.euses de lac.

Le Broussailleux soupire.

— J’ai perdu Le Dante aux dés.

La mâchoire de Sentinelle se décroche. L’articulation en grincerait presque de rage. L’Écarlate a la main qui la démange, ses ouïes sur le cou palpitent de colère. Elle doit réfléchir avant de le trucider même si ça la soulagerait. Un navire comme le Dante est un trésor. On ne le joue pas. Sa colère devient froide. La mandibule remonte pour permettre à Sentinelle implacable d’annoncer :

— J’y vais. Mais je garderai le Dante que tu me loueras. Tu me devras les trois-quarts du butin.

— Mais l’équipage ?

— Ce n’est pas mon affaire. Tu n’as qu’à leur donner le quart restant.

Le Broussailleux se tait. Il sait que la sanction est méritée. Perdre un vaisseau contre une Centralienne, même en disgrâce, est interdit et pire : déshonorant. L’Écarlate devrait le condamner au sas. Sa sanction n’en est pas moins impitoyable.

— Comment vas-tu « la » convaincre ?

— Je vais devoir me mouiller un peu, je suppose.

L’Écarlate quitte les lieux en se pressant. Le Broussailleux soupire en la regardant disparaître par la porte. Quel enfer ! Il va devoir faire amende honorable jusqu’à la dernière rotation de son existence. Une révélation le traverse soudain. L’Écarlate a choisi de l’épargner pour qu’il lui soit redevable éternellement, mais un autre facteur est à prendre en compte. Que va dire Fergal ? Que va-t-il me faire surtout ? À cette pensée, Le Broussailleux décide que fuir les quatre Lacs lui semble la meilleure solution pour sa bourse ou sa vie. L’honneur ne se vend pas, ni ne protège contre la colère d’Urgubal.

L’Écarlate remonte sur la berge après une longue traversée dans l’eau profonde du lac. Son sac dégouline, elle s’en débarrasse. Elle secoue aussi sa tignasse qui ne sèche pas aussi vite que sa peau. Elle s’habille rapidement avec le contenu du sac, enveloppe ses cheveux dans un foulard, puis se dirige vers son objectif. Lorsqu’elle arrive dans les rues de Centrale, les bâtiments qui s’entremêlent aux uns et aux autres, lui donnent des noeuds dans le gosier. Elle a chaud alors qu’elle sort de l’eau fraîche. La cité, son béton et son grouillement l’incommode. L’Amphibienne préfère les grands espaces, la surfaces des lacs. Après un long moment entre les blocs habités, elle trouve l’endroit qu’elle cherche. Des lettres de Kallix clignotantes lui enjoignent de fuir tandis que de nombreux autres y rentrent avec empressement.

— C’est l’heure de pointe. Les Blavis viennent se faire écailler.

Après avoir donné un avis que personne ne lui a demandé, l’Écarlate se fond dans la foule des « Blavis » en mal de chance. À l’intérieur, le couloir descend dans une salle ronde dont elle n’aperçoit pas vraiment le fond. Des piliers immenses soutiennent le plafond. Une petite foule a déjà commencé sa nuit dans le jeu et l’allégresse. L’Écarlate se faufile entre les groupes de joueurs, course de bestiole bruyante ou combats silencieux, jeux de cartes, de mains, de dés ou de vilains. Il y en a pour tous les goûts. Elle finit par trouver un attroupement à son goût. En cercle autour d’une table à ras du sol, « les Blavis » observent des congénères perdrent leur temps à essayer de gagner contre une humanoïde grise. Ses yeux regardent ses adversaires d’un air …rêche. L’Écarlate en a la peau qui gratte. J’espère que je ne vais pas me faire écorcher à force de rester ici. Elle en a en effet besoin pour rentrer sur l’île des dragueurs.euses. La Grise garde jalousement son jeu caché, mais l’Écarlate connaît bien cette engeance. C’en est une qui gagne contrairement à beaucoup de joueurs par ici. Les participants à ce délestage de richesse jouent leurs cartes jusqu’à ce que la Grise balance les siennes. Elle gagne bien sûr. La déception de ses adversaires ne reste pas silencieuse. Une jeune Centralienne essaye de s’arracher son turban de rage. La Grise la regarde prête à tirer, elle a déjà dégainé.

— Garde ton troisième oeil caché, Balila ou je le brûle.

Balila à court d’argent de ses parents quittent la table en pestant. Elle tient à son oeil. L’Écarlate prend sa place.

— Salut dragueuse de lac, tu viens te faire écailler.

L’Écarlate déteste quand on lui vole ses répliques.

— Tais-toi Pila et distribue.

— Je te préviens :je  ne jouerai pas mon nouveau navire.

— Mais si tu le feras. J’y ajoute le mien, le Karma.

Pila la Grise ne prend à la légère la proposition de la racaille des lacs, car pourrait bien se faire prendre à son propre jeu. La mise est toute fois très alléchante. Le jeu, éh bien le jeu a toujours raison sur Pila. Elle distribue donc.


Deuxième essai (avec un autre personnage à la naphtaline)

Fergal

Fergal s’est bien battu en l’honneur de la déesse. Il est fier de lui avoir rendu hommage, il est aussi un peu déçu d’avoir eu à intervenir pour débuter la bagarre. Que s’est-il passé avec le Broussailleux ? Heureusement pour Urgubal, les pirates sont tout à fait prêts à exploser en début de saison. Les titiller un peu avait suffit. Il se dirige vers la taverne préférée du capitaine, celle aux enseignes clignotantes et aux thermes accueillants. Personne enfin presque, l’équipage était bien là attendant aussi l’Écarlate pour fêter sa victoire.

— BOUOUOUCAAAAAANNNNN  Fergal ! Où est capitaine l’Écarlate ?

Effectivement, où est-elle ? Ce n’est pas son genre de laisser tomber l’équipage ? Le Second fait bonne figure. L’équipe du Karma a besoin de fêter sa récompense de tous ses efforts avec au moins le Second si la capitaine est allée se fourrer la tête dans la vase. Comme d’habitude. Fergal s’inquiète de devoir honorer sa déesse avec le cadavre de l’Écarlate. C’est bien la seule offrande dans les quatre lacs qu’il ferait avec mauvaise volonté. Bien plus tard, Fergal quitte la taverne qui est devenu un dortoir pour équipage bien fatigué. Juste avant, estimant que quelques oreilles devaient encore être sobres et réveillées, il a menacé à la volée des pires représailles si l’équipage ne rentrait pas pour le couvre-feu habituel et que le Karma n’était pas prêt pour le départ. L’Ugubalien se dirige vers sa tanière sur l’île. Il a besoin de calme pour s’immerger dans sa conscience.

Voilà.

J’ai échoué à mon propre défi. Les descriptions visuelles n’existent pas ou peu. Par contre, les bruits (descriptions sonores) ou les pensées des personnages sont présent.e.s en pagaille. Vous savez quoi ? Je ne m’en suis pas rendue compte. Il a fallu que l’on me mette le nez dedans…

Après cela, j’ai beaucoup réfléchi la nuit, le jour et entre les deux. Je réalise que les sons ( ou les odeurs) me donnent des impressions visuelles. Par exemple, j’entends une tondeuse. Par magie, le salon de mes grands-parents où je me cachais apparaît.

Mon imaginaire visuel est en grande partie dépendant de mon ouïe. Cela apparaît dans mes textes, ce qui ne convient pas tout à fait dans un livre. Je dois faire des efforts d’autant plus grands car je dois décrire ce que “je vois dans ma tête” (c’est un nouveau concept, cherchez pas), ce qui me semble naturel.

Donc j’aurais dû rajouter plus haut :

Par magie, le salon de mes grands-parents où je me cachais apparaît : son armoire si haute à deux battants avec des livres de mickeys à l’intérieur en deux tas pas très bien rangés, les poutres noires de la maison en briquette rouge à l’extérieur mais aux murs si blancs à l’intérieur. L’odeur d’herbes vertes et jaunes plane dans la pièce. Tout cela accompagne cette peur panique du bruit de la machine.

Et je pense que ces lignes peuvent être améliorées.

Bon, par chance j’ai de bons professeurs/ coachs qui m’épaulent. Si vous avez lu Bye-Bye Car, dans la section remerciements je cite Carole Lillin-Menahem qui m’aide même si cette année je ne suis pas arrivée à suivre les ateliers du samedi. Il y a aussi Cécile Duquenne qui m’aide (entre autre) à ranger mon bazar avec méthode mais aussi à réfléchir sur mes écrits. C’est elle qui a lu mon défi et m’a pointé qu’en Fantasy, comme tout est possible, il faut décrire même un peu les personnages. Ils peuvent être humanoïdes ou des créatures unicellulaires ou des ours… Je le sais puisque j’en lis, mais en tant qu’autrice (ou auteure), je l’oublie tout le temps. Pourquoi ? Parce que les descriptions visuelles me fatiguent à écrire, je les trouve barbantes. Mais elles sont nécessaires pour les lectrices ou lecteurs.

Bien sûr tout cela paraît logique, ça ne l’est pas du tout, du tout pour la Priss qui n’aime rien tant que suggérer.

Donc en ce moment je dois travailler un synopsis qui fait envie aux éditrices ou éditeurs et surtout étudier les descriptions d’un livre afin que je trouve ma façon de les aborder et que ce soit automatique.

Oui ça a l’air fastidieux, autant que de regarder quelqu’un courir un marathon. Mais on aime la souffrance, l’effort, la sueur (euh non, on n’aime pas la sueur)

Il suffit aussi de penser à la ligne d’arrivée. De bonnes descriptions visuelles légères (aériennes même) dans un bon livre qui fait plein de bruit rien qu’en l’ouvrant.

!!!!!!!! BOUUUUUUUUUUUCCCCCCCAAAAAAAAANNN !!!!!!!!!!!!!!

Adichatz.

©Priss

Ps : je ne sais pas vous, mais moi j’ai déjà l’odeur et le bruit de mes vacances en tête. Y’ a plus qu’à décrire. Et louer les vélos.

Pps : voici le lien qui m’a inspiré l’arène de ces bouts de récit…


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  1. Bonjour chère Priss,

    En ce qui me concerne, en tant que lectrice, je trouve que vos écrits sont riches en jeux de mots. Et j’apprécie bien ce type d’ecrit.
    Rajouter des descriptions, pour moi, alourdi la lecture.
    Mais ce n’est que mon humble avis 😉,

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