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Bye-Bye Car
Par Priss Publié dans Histoires Jeunesse sur 25 mars 2020 4 Commentaires 8 minutes de lecture
Bye-Bye Car, chapitre deux. Précédent Le Déchronologue : Pirates !  Suivant

Bonjour,

Voici le premier chapitre de Bye-Bye Car, une histoire de voiture volante et de fleurs étranges. Un chapitre sera publié chaque mercredi et samedi.

Bye-Bye Car, chapitre un

Dans la famille de William, la plupart des adultes sont routières ou routiers. Maman, Papa, Tonton, Tata, Papé aussi, tous sauf Mamé qui elle est mécanicienne dans un garage de ville appelé « Dépann’Tout ». Ce travail demande une forte tolérance à l’odeur d’essence. (Tu sais celle qui te donne envie de vomir dans la voiture de tes parents.)

Quand Maman est à Chambéry, Papa, lui, est à Royan, tonton à La Souterrainne, tata à Göteborg. Quant à Papé, il roule vers l’Italie à travers de longs tunnels. William se retrouve alors seul à la maison, enfin seul c’est tout comme. Il a bien un grand frère, un adolescent à qui l’acné fait passer de sales moments dans sa salle de bain, mais William ne trouve pas sa compagnie tellement réconfortante.

Par bonheur, William aime la lecture, c’est une véritable passion qui lui permet de s’évader de sa vie solitaire. Chaque semaine, une douzaine d’ouvrages de la bibliothèque du quartier voyagent jusqu’à chez lui dans un chariot de courses grinçant. En effet, impossible de les porter à bout de bras quand on est bâti comme William à la manière d’un brin d’herbe ou un fétu de paille.

Parfois, il part même à la cueillette de lecture dans l’appartement familial. Son frère qui sème ses affaires abandonne ses revues de sciences ou ses ouvrages d’aventures un peu partout. En général, William commence par la cuisine tout près du frigo, puis regarde sous le meuble à consoles et enfin dans le vestibule parmi les chaussures de sport à l’odeur de plateau de fromages. Bien sûr, tout ceci, cher lecteur, reste entre nous, car « un coin à livres » c’est comme un « coin à champignons » : il doit demeurer secret.

#

Bref, un soir, alors que son frère aîné se bat à coup de Biactol dans la salle de bain, une voiture se gare devant la fenêtre de la chambre de William. Ce qui est étrange, car William habite au quatrième et dernier étage d’un immeuble. Afin de mieux la voir, notre héros pose son livre sur la vie des campagnols pour grimper sur une caisse d’ouvrages située sous la fenêtre.

Un peu effrayé, mais passablement curieux, il contemple le véhicule et son conducteur. La voiture rouge et brillante aux pneus d’un blanc immaculé ressemble à celles qui roulent en groupe sur la route lors des rallyes. Celles qui font faire à Mamé un claquement de langue approbateur, puis remarquer :

— Quelles belles voitures on faisait à l’époque !

Le conducteur, raide comme un poteau de rugby, porte un chapeau melon vissé sur sa tête, une chemise impeccablement blanche et d’une paire de bretelles. Il fixe un point droit devant lui, on dirait qu’il attend.

Tout à coup, la fenêtre de la chambre s’ouvre toute seule manquant au passage d’assommer William. Il ne s’y attarde pas : une odeur de caramel alléchante en provenance de la voiture le fait saliver. Malgré cette soudaine envie de Carambar, William se tait intimidé. Finalement, la vitre côté passager se baisse. La tête surmontée du chapeau se penche souplement en avant vers lui, un doigt vient remonter le couvre-chef dévoilant des yeux qui pétillent, puis un large sourire demande :

— Vous avez commandé une Bye-Bye Car ?

— Qui vous ?

— Vous bien sûr. Vous voyez quelqu’un d’autre ?

William se retourne pour vérifier, car on ne sait jamais. Puis il bredouille, pas très sûr de lui :

— Une qu-qu-quoi ?

Il est un peu sourd parfois, sa maman l’a remarqué surtout à certaines heures quand il doit prendre sa douche ou se brosser les dents. Tu sais ces moments que tu adores toi aussi.

— Bon, on y va alors, en route ! Destination ???

— Je ne sais pas …murmure-t-il timide.

La voiture klaxonne deux coups secs.

— Répétez mon Grand Péteur Suant est sourd. C’est un vieux modèle.

William balbutie encore :

— Mais…je ne sais pas…

— Bon choix. La circulation est fluide ce soir jusqu’à Genessépa.

 Hein ? Quoi ? Quel ch…

— Allons-y, voyons ! En voiture !

Les doigts du conducteur tapotent le volant. William est partagé entre son envie de fuir en hurlant de terreur et sa curiosité naturelle, qui lui enjoint de sauter dans le véhicule. L’homme dans la voiture fronce des sourcils impatients. L’odeur de caramel se fait de plus en plus forte comme si elle l’attirait sur l’un des sièges. Bien sûr, c’est dangereux de monter avec des inconnus, William le sait… mais enfin une voiture volante, quelle aventure pour ce jeune garçon solitaire !

Pourtant, habitué à tourner à toute vitesse, le cerveau de William finit, cette fois, par caler sous l’afflux de pensées contradictoires : il est pris de court. Ce qui, malgré son jeune âge, crois-moi lecteur, n’arrive pas souvent.

— On y va ! L’interpelle le conducteur.

Finalement, las de ses propres hésitations, il saute dans la Bye-Bye-Car : après tout, il ne manquera à personne surtout pas à son frère.

Il se retrouve assis du côté passager de la Bye Bye Car, H-E-U-R-E-U-X de pouvoir enfin s’asseoir devant. En fait de siège, il s’agit une banquette rouge faite d’un tissu épais qui le démange horriblement. D’abord il est seulement gêné, alors il gigote un peu, bouge son fessier droit, puis le gauche pour faire disparaître cette sensation désagréable. Alors ses deux fesses le piquent comme si une colonie des petites fourmis rouges s’acharnait sur elles. William ne sait plus quoi faire. Ça le picote partout, de gauche à droite ou de haut en bas.

Le conducteur, lui par contre, ne semble pas du tout dérangé par les bestioles piquantes. Ses mains sont tranquillement posées sur un volant orange qui flotte au-dessus d’un tableau de bord fluorescent. Son pantalon à carreaux, retenu par les bretelles se tient bien sagement comme « tiré quatre épingles ». Derrière, une banquette identique attend d’autres passagers. Le conducteur à bretelles explique tout à coup :

—Mon amie Banquette Avant n’aime pas trop les gigotons. Essaye de te détendre sinon elle continuera à te gratter.

William se demande comment se détendre dans une voiture volante qui sent le caramel, à destination d’il-ne-sait-où. En regardant dehors, il s’aperçoit que le véhicule frôle déjà les toits de son quartier. Et la Bye-Bye Car s’élève encore plus haut ! La ville rapetisse au fur et à mesure que son cœur s’emballe : William est inquiet. Les fourmis mordent de plus belle. Il essaye même le truc de la respiration que son maître leur fait faire en classe. Rien à faire les fourmis s’en donnent à cœur joie.

Le conducteur siffle une note. L’odeur de caramel devient plus forte, puis se teinte de sel, mais aussi de soleil. Les mâchoires de William s’alourdissent tellement que former des mots demande beaucoup trop d’efforts. Ses paupières se ferment maintenant. Transporté sur une plage un jour d’été, il écoute le roulement des vagues, les goélands qui raillent, les cris de joie des baigneurs et même l’appel des vendeurs ambulants :

— Chouchououououo, glaaaaaace, beiiiiiigneeeettttsssss !

Sa main plonge dans le sable qui ruisselle entre ses doigts… AAAAAAAHHHHHHH le bonheur. William est enfin détendu : plus de démangeaisons à l’horizon, ou plutôt sous son postérieur. Un sourire béat sur les lèvres, il s’endort dans la voiture qui poursuit son voyage.

(à suivre)

©Priss

Bye-Bye car jeunesse roman


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  1. J’aime l’ambiance et les allusions à la vie réelle et quotidienne . Oui une agréable façon de s’évader et rêver sans danger …

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