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Bye-Bye Car, chapitre vingt-sept 
Par Priss Publié dans Histoires Jeunesse sur 19 juin 2020 Un commentaire 12 minutes de lecture
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Chapitre vingt-sept, Pakar et William s’amuse dans l’eau “remuante”. Pour relire le vingt-six, c’est ici

Bye-Bye Car, chapitre vingt-sept

Tandis que BarJ cherchait et trouvait les ennuis en pays Fagottin, les Fagoulins eux, pouvaient enfin souffler. Accueillis par des Trolls en fuite comme eux, ils se sont installés sous la montagne dans des maisons taillées dans le roc. Quelques pontons de fortune jalonnent la rivière. Les petits s’amusent à y observer de drôles de poissons jaunes qui deviennent bleus à la nuit tombée, ou bien ramassent des algues gluantes mais délicieuses.

Rose a dû rejoindre la petite communauté pour éviter le camp de punition chez les Fagottins. Furieux mais surtout vexé de s’être fait rouler par la Fagouline, le MarChéChal l’avait dénoncée auprès de Troll en Charge qui a aussitôt envoyé son fils travailler chez les Fagottins. Depuis la Fagouline est devenue si triste que plus rien ne semble lui remonter le moral.

William, en découvrant l’abri de la petite communauté, a compris que tôt ou tard ils seront découverts. Le jour même de leur arrivée, il a donc commencé à explorer avec Pakar quelques galeries attenantes, sans résultat, mais soit ce sont des culs-de-sac, soit elles mènent dans des galeries occupés par des Trolls. S’ils doivent fuir, leur seule solution sera la rivière.

Après deux jours d’aventures dans les tunnels, William aborde le sujet avec ses nouveaux amis :

— Mais tu n’y penses pas, elle débouche tout près de Port de Troll, s’inquiète Glaïeul, avec toutes les patrouilles environnantes, nous serions repérés.

Rose, elle, a objecté :

— Et il faudrait des embarcations, tous ne pourraient pas nager aussi loin.

Seul Pakar semble d’accord avec cette idée. Mais le jeune Fagoulin ne dit rien, ou très peu, tout à sa tristesse de ne pas pouvoir compter sur l’armée Troll pour délivrer ses parents de ces horribles Fagottins.

Découragé, William se demande bien comment faire alors pour s’enfuir de ce piège que deviendra immanquablement leur refuge.

 Le lendemain dès leur réveil, tous deux repartent quand même dans les galeries. Alors qu’ils cheminent prudemment à la recherche d’une autre sortie, William s’entête :

— Je continue à croire que la rivière reste notre meilleure chance.

Pakar s’arrête, un doigt de sa longue main sur sa bouche :

— Chut !

Du tapage provient d’un tunnel qui coupe celui qu’ils parcourent. Des Trolls ? Sans un bruit, il se glisse derrière un rocher au niveau de l’intersection des deux galeries. Heureusement qu’ils ont réagi aussi vite ! Le MarChéChal, le chef de l’armée fagottine, débouche au croisement, plus en colère que jamais :

— C’est une question d’honneur militaire, je les retrouverai, les pèlerai vivants comme un Fruit-à-Barbe, les tremperai dans l’eau de la Rivière Salée jusqu’à ce que leurs yeux, leur gorge les brûlent et qu’ils s’égosillent de douleur. Je leur ferai subir les pires tourments avant de les donner à la Grande Sombre en cadeau. Ensuite je me régalerai de ce qu’elle pourra leur faire.

Malgré les désagréments causés à son nez si fragile par l’humidité de la montagne, le chef est revenu bien déterminé à retrouver ceux qui se sont moqués de lui. Il est accompagné d’un détachement de soldats et de deux guides trolls qui, eux, semblent ne plus savoir où ils sont, au grand dam du militaire. L’air bête, ils le regardent d’en bas qui agite des petites mains menaçantes. Leurs yeux sont ronds comme des soucoupes à thé. C’est un peu drôle de voir ce tout petit bonhomme faire la leçon aux deux Trolls perdus. Les deux amis retiennent tellement leur rire qu’ils en ont mal au ventre.

— TROUVEZ-LES ! Incapables de Trolls.

William et Pakar pouffent en regardant ces deux grands costauds se faire gronder comme des enfants par un tout petit, petit, Fagottin, puis ils s’éclipsent discrètement. Un peu plus loin à l’abri de la patrouille, le garçon s’exclame :

— Mais comment nous a-t-il retrouvés celui-là ? Dans ce labyrinthe…

— Il ne l’a pas encore fait, souffle Pakar. Il faut trouver une solution pour fuir. Les soldats ne sont vraiment pas loin d’y arriver.

William le regarde intensément :

— Il n’y en plus qu’une seule et tu le sais parfaitement. Pourtant, tu ne m’as pas aidé quand nous en avons discuté.

Pakar s’énerve :

— Tu n’as pas remarqué que nous sommes tous terrifiés ! Ce sont nos familles, notre pays, toi tu ne fais que passer. Ta famille ne craint rien.

William le regarde, ébahi par tant de colère, mais ne se laisse pas faire. C’est injuste, lui, est loin de ses parents, de son frère et de son monde. BarJ, le seul, qui peut le ramener chez lui, a disparu et ne semble pas revenir. Pourtant, il fait tout son possible afin d’aider les Fagoulins.

Finalement, c’en est trop pour le garçon qui se met à pleurer. Un déluge de grosses larmes bien chaudes s’abat sur les orteils roux de Pakar. Penaud, le Fagoulin réalise que la situation de William n’est pas vraiment meilleure que la sienne :

— Tu comprends, je m’inquiète pour ma mère la Généralissime et mon père, s’excuse-t-il penaud.

Le garçon renifle, de la morve coule de son nez :

— Bien sûr, c’est aussi pour cela que je veux vous aider. Je ne peux rien faire pour rentrer chez moi de toute façon. Mais c’est peut-être trop difficile pour un garçon…

— Et pour un jeune Fagoulin.

Les deux complices se regardent un peu découragés par la tâche qui leur incombe. Pakar prend une Feuille-à-Morve de sa poche, la tend à William qui s’essuie avec :

 — Merci !

— Non, merci à toi. Ne t’inquiète pas si BarJ ne revient pas, nous t’aiderons à rentrer chez toi.

Le garçon, tout en se mouchant, hoche la tête, puis  remarque :

— C’est chouette de ne plus se sentir aussi seul.

— Oui, tu as raison.

Le sourire de Pakar répond à celui de William.

Et les deux amis repartent, toujours sur la pointe des pieds, vers la cavité secrète des Fagoulins en espérant que les militaires se perdent une fois de plus dans le dédale sous la montagne.

Quelques heures plus tard, William et Pakar se retrouvent devant toute la communauté Troll-Fagoulin-Sous-la-Montagne réunie. Tout d’abord, ils sont assez intimidés. Cependant les deux amis oublient vite leur trac pour raconter leur mésaventure de la veille dans le dédale. Leurs auditeurs s’inquiètent rapidement de ce qu’elle implique pour eux. Dans l’assemblée, des voix anonymes débattent :

— Ils nous ont trouvés, nous devons fuir.

— Fuir, mais où ça ?

— La rivière, alors ?

— Non, elle est trop dangereuse.

— Les galeries ?

— La plupart des galeries des alentours sont des impasses…

— …ou bien servent d’habitation aux Trolls.

Les voix sont de plus en plus vindicatives :

—  A part traîner dans les tunnels, vous n’avez décidément rien accompli de bien utile.

— C’est vrai ça ! Vous n’avez même pas trouvé d’autres sorties.

— Pakar, tu fais honte à ta famille !

Le jeune Fagoulin baisse la tête en silence, triste de ne pouvoir davantage aider son peuple. C’est alors que William se met en colère : une colère énorme, grosse qui remonte du fond de son ventre et passe tout près de son cœur, en filant comme le vent jusqu’à sa bouche qui tonne :

— VOUS N’AVEZ PAS HONTE ! BANDE DE MOUS DU BULBE, NOUS VOUS AVONS MENÉS JUSQU’ICI, APRES AVOIR SAUVE VOS PETITS LAISSÉS DERRIERE A GENESSÉPA ? NOUS AVONS EXPLORÉ SANS RELÂCHE LE DÉDALE EN PRENANT DES RISQUES, ET NOUS NE SOMMES MÊME PAS DES ADULTES. QU’AVEZ-VOUS FAIT, À PART VOUS TERRER SOUS LA MONTAGNE ?

Toute la frustration de William est sortie d’un seul trait. Tous se taisent, honteux. Rose se lève à son tour :

— C’est vrai. Rien ne peut vous être reproché, vous en avez fait plus que beaucoup d’autres. Seulement, nous avons tellement perdu…Pourquoi risquer à coup sûr notre liberté ?

William ne reconnaît plus la Fagouline qui les a conduits jusqu’ici. Perdre son fils a été un coup trop dur pour elle…Mais sa sympathie ne change rien à la situation. Il conclue :

— De toute façon, la fuite se fera par la rivière, c’est la seule possibilité.

Glaïeul s’agace :

— On en a déjà parlé. Il n’en est pas question.

Pakar relève la tête pour soutenir son ami :

— William a raison. Ils sont tout près. Alors soit on nage, soit on se fait capturer tôt ou tard.

— Et des barques ? ose une voix.

— C’est trop tard pour construire des barques, il fallait y penser avant, rétorque William un peu content d’avoir eu raison.

Il reprend :

— Moi, je nage.

Puis sans rien ajouter, il quitte l’assemblée pour aller préparer sa fuite. Pakar l’accompagne, bien décidé lui aussi à quitter ces ingrats pour aller sauver ses parents !

Les deux nageurs empaquètent quelques affaires sèchent dans une Feuille-De-Tanche puis rejoignent le ponton. Ils n’hésitent pas longtemps : ils sautent sans regret pour ceux qu’ils laissent derrière-eux.

Dans l’eau plutôt fraîche, ils nagent d’abord sans effort jusqu’à l’endroit où la rivière plonge sous un gros rocher. Ils savent qu’au-delà les courants s’intensifient, ils y sont préparés. Ballottés en tous sens, ils se servent de leur paquetage comme bouée. Allongés dessus, ils rient dans les tourbillons ou les trous d’eau. Même Pakar, qui nage un peu moins bien que William apprécie leur aventure aquatique. Autour d’eux, les parois rocheuses filent à toute allure. Ils montent, descendent au gré de l’eau, font des tours et détours, tournent sur eux même. Bref, Pakar et William s’amusent.

La rivière continue sa course à travers la montagne. Puis, arrive un tunnel étroit où elle s’écoule vers le bas. Les deux amis emportés par la vitesse de l’onde glissent, glissent, glissent. Ils n’en voient pas le bout. William a l’impression de se retrouver dans le toboggan de la piscine municipale mais en beaucoup plus long. La vitesse les fait rire à gorge déployée, ce qui par la même occasion leur fait boire la tasse. Les boucles de toutes sortes, les virages serrés ou non, les pentes de plus en plus raides font battre leur cœur à tout va, et leur coupent le souffle. Parfois ils se cognent même l’un à l’autre et s’amusent à s’attraper leurs oreilles respectives, mais la plupart du temps ils s’évitent du mieux qu’ils le peuvent.

Au sortir d’une boucle, de la lumière les éblouit.

— On arrive à la fin ! hurle Pakar.

William glisse rapidement à sa suite et dans une dernière cascade, tous deux tombent dans le lac Troll. Les amis refont surface et reprennent leurs esprits pour nager vers la berge.

A présent, étendus sur une grande pierre plate, ils observent, beaucoup plus loin, l’activité du port qui les impressionne. Des bateaux de toutes sortes s’amarrent ou repartent vers le large.

— Il faut trouver un moyen de partir chez les Fagottins retrouver mes parents.

— D’abord, dormir et se sécher, j’ai froid, répond William.

— Bien sûr, de toute façon j’ai une idée pour grimper sur un bateau mais ça ne fonctionnera que la nuit tombée…En attendant, on pourrait peut-être enfiler des vêtements secs et nous mettre à l’abri du vent du soir derrière la pierre.

William hoche la tête. Le duo d’aventuriers se prépare à affronter la nuit en Pays Troll.

(à suivre)

©Priss

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