menu Menu
Bye-Bye Car, chapitre trente-cinq 
Par Priss Publié dans Histoires Jeunesse sur 17 juillet 2020 Un commentaire 17 minutes de lecture
Bye-Bye Car, chapitre trente-six  Précédent Bye-Bye Car, chapitre trente-quatre Suivant

Chapitre trente, Pakar et William sont en galère. Pour relire le trente-quatre, c’est ici

Bye-Bye Car, chapitre trente-cinq

Tandis que la Brume envahit la brèche ou que William suit une patrouille fagottine pour retrouver BarJ dans le dédale de couloirs, quelque part ailleurs dans l’usine son ami Pakar est toujours caché dans la botte du fils de Rose. Il y patiente le temps qu’un Fagottin de mauvais poil hurle des instructions sûrement au sujet de la tâche que le Troll aux longues oreilles doit effectuer. Le jeune Fagoulin n’entend pas très bien à cause de l’épais cuir de la botte. Il est surtout très concentré pour ne pas respirer plus que nécessaire à cause de l’odeur des pieds. Heureusement, quelques nuages de Brume échappés d’une machine l’aident finalement à sortir discrètement de sa cachette. Même si c’est au prix d’un nez qui gratte ou de quelques éternuements, Pakar préfère un filet de Brume à l’odeur des bottes. Le fils de Rose qui tire maintenant une charrette remplie de bois lui souffle l’air de rien :

— Pakar, psst ! Saute là-dedans, je sais où sont les Fagoulins : dans la salle de la chaudière. Les gardes refusent d’y descendre, car il y fait trop chaud.

Ni une, ni deux, le jeune Fagoulin a juste le temps de s’y cacher avant que son complice ne reprenne la route. Enroulé sur lui-même sous des tas de bûches, Pakar ne voit pas la lourde porte devant laquelle le chariot s’est arrêté. Par contre, il entend le grincement des gonds, le rire des Fagottins de garde qui se moque des longues oreilles du troll. Celui-ci demande impassible :

— Comment est-ce que je sors ?

Ensuite, Pakar entend le choc de la porte qui se ferme ainsi que le cliquetis des clés.

— Tu toques à la porte Longues-Oreilles.

— Comment saurez-vous que c’est moi ?

— Parce qu’on regarde par la petite fenêtre.

Arrivé à destination, Pakar comprend mieux la remarque du troll sur les gardes qui ne supporte pas la température de la pièce. Une immense chaudière à multiples bouches trône dans le sous-sol de l’usine. Des tuyaux s’enroulent, se déroulent, font des nœuds incroyables, mais dégagent une chaleur infernale. Ses vêtements sont trempés de sueur, sa tête tourne. Malgré cela, Pakar refuse de s’apitoyer sur son sort. Il est déterminé à retrouver ses parents. Discrètement, il explore l’endroit et interroge les Fagoulins qu’ils rencontrent tout étonnés de le voir ici. Il finit par reconnaître son père dans un coin de l’énorme machine qu’il est en train d’alimenter avec de grosses bûches de bois. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre.

— Avec William, on a pris un bateau à Port de Troll.

— De Port de Troll ? Que faisais-tu là-bas ? Et qui est William ?

— Un garçon. Nous nous étions réfugiés sous la Montagne Troll pour échapper aux envahisseurs Fagottins.

— Des Fagottins ? Toi et un garçon ? Sous la Montagne Troll ? Mais comment… ?

Le cuisinier n’en croit pas ses longues oreilles de Fagoulin. Son fils a fait ça ? Le père se sent partagé entre la honte de l’avoir sous-estimé et une grande fierté. Pakar qui s’impatiente coupe l’avalanche de questions :

— Où est la Généralissime ?

— William cherche BarJ qui peut nous aider. Tu sais où il est ? On n’a plus de nouvelles depuis un moment.

Le cuisinier sait bien ce qui est arrivé à l’Enchanté. La rumeur en a parlé jusqu’ici dans le fond de l’usine. Pakar écoute l’histoire puis s’interroge découragé :

— Tout est perdu ?

Le cuisinier sourit :

— Prisonnière de la Grande Sombre. Mais toi ? Comment as-tu fait pour arriver ici ?

— Peut-être pas si William le retrouve, le garçon pourra sûrement tirer l’Enchanté de ce mauvais pas.

Pakar réfléchit à toute vitesse, comment aider son ami et l’Enchanté…Il ne sait pas. Après un moment, il lance :

— Pourtant, nous pouvons sûrement faire quelque chose. J’ai une idée. Tiens-toi prêt !

Le cuisinier observe avec ébahissement Pakar se faufiler de Fagoulin en Fagoulin pour leur expliquer son plan. Jamais il ne se serait douté que son fils était aussi téméraire.

Dans la Fosse, BarJ, qui s’est rendormi après avoir transmis son message par Rocher Chuchoteur, se réveille au son des moqueries d’une patrouille fagottine. Il s’étire de tous ses membres, et baille. BarJ n’a vraiment pas bien dormi à cause des images que la Grande Sombre lui a montrées avant de le pousser dans la cloche. D’affreux cauchemars sont venus perturber son sommeil : il assistait impuissant à l’esclavage des Enchantés. D’abord la fameuse brume de Poison les privait de leurs Enchantements, ensuite ils trimaient dans les champs de Fleurs à Baba pour les Fagottins ou les Trolls. La patrouille continue ses blagues douteuses. En y prêtant un peu plus l’oreille, BarJ découvre qu’il est l’objet des railleries des gardes. Il esquisse un sourire. La situation est grave mais quelque part bien au chaud, il lui reste un dernier atout. Rira bien qui rira le dernier comme disent les humains…pense-t-il.

Soudain, la voix en colère de la Grande Sombre résonne dans l’usine et le palais métallique attenant :

— On me rapporte que certains ne sont pas à leur poste…Vous n’avez pas entendu la Conque d’Alarme ? Rejoignez-les tout de suite où il vous en cuira, bande d’Arnselles ! Les Enchantés sont à nos portes.

La patrouille apeurée part alors en courant obéissant à l’ordre de leur chef. BarJ les regarde détaler comme des Fralins. Il pense à ses amis Enchantés, je dois trouver un moyen de les aider, sinon ils sont tous perdus ! Mais enfermé ici, je n’arriverai à rien… Il se retourne vers les autres prisonniers de la Fosse : tous se regardent avec des yeux inquiets. Un lourd silence s’installe. La grille laisse passer de la lumière que des ombres furtives cachent de temps à autre. Les prisonniers préoccupés n’y font plus attention, alors quand un chuchotement les salue, ils sursautent un peu surpris. Le Gnome Râleur demande :

— T’es qui toi !?

De mauvaise humeur, William, car c’est bien lui dont il s’agit, se fâche de cet accueil pas très sympathique. Il a tout de même bravé une patrouille de dangereux fagottins pour arriver jusqu’ici !

— Ça te regarde ? Je veux parler avec BarJ et vite, avant que le Troll-de-Garde ou une patrouille ne revienne.

BarJ s’avance vers la grille puis regarde vers elle. Son visage s’éclaire :

— William, je suis content de te voir.

— Qu’est-ce que tu fais là ?

— La Grande Sombre m’a capturé et volé mes Enchantements. Elle les a aspirés.

William a envie de pleurer, d’ailleurs des larmes coulent sur son visage. BarJ s’affole :

— Écoute, ne pleure pas, tu vas attirer le Troll.

Trop c’est trop : le garçon éclate en sanglots :

— Comment je vais rentrer chez moi si tu es coincé ici ?

BarJ est interloqué. Le monde du Petit Peuple va tomber sous la domination de la Grande Sombre et le garçon veut rentrer chez lui ?

— Enfin, on a autre…

Le Gnome soigné par l’Enchanté le bouscule à la grille et se plante devant lui pour rassurer William :

— Ne t’inquiète pas, tu rentreras chez toi. Mais BarJ a raison, le Troll arrive.

En aparté, il chuchote à BarJ :

— Tu n’es pas très délicat toi, non ? C’est un enfant loin de chez lui.

BarJ hausse les épaules. William cache son visage dans ses mains car un peu de Brume qui s’est échappé de l’usine, se glisse dans le palais. Comme prédit par BarJ, le Troll-de-Garde s’approche en effet en se trémoussant d’une drôle de manière. Il renifle et s’essuie avec le dos de sa main où une grosse boule de morve verte apparaît :

— Peste de Brume qui pique les yeux et fait couler le nez ! Peste d’Enchantés qui nous attaquent.

Le garçon profite de la distraction du Troll-de-Garde pour atteindre à quatre pattes la drôle de machine à cloches qui se trouve dans la salle et s’y cacher. Un gros levier y est planté comme un grand nez long et pointu. Il y patiente jusqu’à ce que Troll-de-Garde finisse tant bien que mal son inspection de la fosse.

— Tout va bien, conclut-il satisfait.

Tout va bien ? S’interroge William, seulement pour lui alors ! Il repense à  tout ce qui lui est arrivé depuis son arrivée chez les Fagoulins jusqu’à cette usine de malheur en passant par le bateau aux esclaves et ce vilain Fagottin Trieur ! Une phrase justement du Fagottin Trieur lui revient en mémoire. Lorsque William était caché sous l’Arachnéide, il a dit que son venin serait utile pour la Brume. Qu’est-ce qu’il voulait dire ? William comprend que c’était important mais ne sait pas trop bien pourquoi…

Troll-de-Garde parti, BarJ se décide finalement à agir. Le Gnome qu’il avait soigné lui a gardé un enchantement en réserve dans le tissu de son chapeau pointu. Sans attendre, il les récupère en posant ses mains dessus. Ensuite, sans rien dire à ses autres compagnons d’infortune, il murmure quelque chose à la grille qui disparaît en laissant une odeur de caramel dans l’air.

BarJ quitte la fosse d’un pas tranquille suivi de quelques prisonniers heureux d’être libre. Ils le font savoir.

— Chuuuut, leur enjoint l’Enchanté, vous ne voulez pas y retourner, non ?

Les prisonniers baissent leurs têtes penauds. Le bruit de leurs voix a fait sortir William de sa cachette. Tout content de voir BarJ sorti de sa prison, il vient à la rencontre de l’Enchanté à bretelles qui est train de réfléchir tout haut :

— Il faut détruire cette usine ! C’est une usine Brume de Poison, et la brume a été lâchée sur les Enchantés. Or ils sont notre seule chance.

Poison ? Brume ? Venin ? Arachnéides ? Les mots des Fagottin Trieur lorsqu’il était caché sous l’Arachnéide prennent enfin tous leurs sens. C’est ça ! Le garçon se tape le front avec la main. Comment n’a-t-il pas compris plus tôt ! Très excité, il explique :

— BarJ, la Grande Sombre utilise les Arachnéides…

BarJ regarde William avec des yeux ronds :

— Je sais bien, s’agace William, mais les Arachnéides sont nombreuses on ne sera jamais assez…

La Généralissime, qui est sorti à son tour de la fosse, intervient :

— Hein ? Que racontes-tu ?

William continue à toute vitesse :

— Leur venin BarJ !

Le visage de l’Enchanté s’éclaire :

— Mais oui, bien sûr ! Tu as raison. Le venin des Arachnéides ! Mais comment…Elles même ne peuvent pas s’en servir comme elles veulent !

William grimace :

— Elle sont obligés de porter des masques qui l’aspirent. Ces trucs leur font mal. C’est horrible.

BarJ lui continue de réfléchir plus préoccupés par la brume que par les Arachnéides.

— Donc plus de venin, plus de poison dans la brume. Il faut leur enlever ces masques

— Mes soldats ne mâchent pas de Fleurs à Baba… ils pourraient tout à fait vous aider. Je dois juste les retrouver. Mais sais-tu où est Pakar ?

— Il est parti vous rejoindre, il pensait que vous étiez dans l’usine avec l’armée.

Les yeux de la Fagouline brillent d’une énergie nouvelle :

— Raison de plus pour que j’y aille.

Puis, elle lance aux autres prisonniers gnomes, trolls en disgrâce, Fagoulins, etc. :

— Prisonniers de la Grande Sombre, je compte sur vous. En avant !

D’une seule voix, tous rugissent en chargeant vers l’usine… mais se trompent de couloir :

— Pas par-là, crie Willliam qui leur pointe une autre direction.

Comme les prisonniers ne semblent pas comprendre, le garçon se met à hurler à son tour en se précipitant vers le bon couloir cette fois :

— CHHHHAAAARRRGGGGGGGEEEEZZZZZZ !!!!!

Tous le suivent en beuglant.

Dans la salle de la chaudière, toute l’armée fagouline ainsi que le fils de Rose se terrent dans un coin opposé de la porte. Leurs oreilles nouées sur elles-mêmes pour atténuer le bruit, tous patientent en fermant les yeux et se couvrent la tête de leurs longs bras. Pakar serre fort la main de son père en espérant que son idée fonctionnera. Il ne doit pas faillir les Fagoulins qui lui ont fait confiance. D’ailleurs il en a été plutôt surpris. Tous ont approuvé sa ruse et ont travaillé de bon coeur à la réaliser. La chaudière, elle, s’agite, crache et siffle. Les bouches sont remplies à ras bord de bois. Les tuyaux se gonflent et se dégonflent sous l’effet de la chaleur. Par endroit, les gros boulons font mine de sortir de leur trou. Les parois de la chaudière tremblent de plus en plus. Puis dans un fracas énorme tout cède enfin. L’énorme machine explose emportant avec elle un morceau de la lourde porte de la salle.

Pendant ce temps, appelé de toute urgence Troll de Fosse court vers l’usine. Ses pensionnaires y mettent un bazar terrible, parait-il. Il ne comprend rien : à part quelques pleurs venant des pensionnaires de la Fosse, tout était pourtant tranquille à sa dernière ronde. Comment les prisonniers ont-pu s’évader ?  Dans l’atelier de Tissage de la Brume, il observe un Troll renégat qui s’amuse à taper sur la tête des Fagottins de garde, des gnomes qui s’attaquent aux masques des Arachnéides en compagnie d’un enfant. Rien de vraiment menaçant pour l’usine, constate-t-il. Mais il doit quand même rétablir l’ordre dans ce bazar.

— Ça ne se passera pas comme ça ! S’exclame-t-il

Tout à coup, une énorme détonation retentit depuis la salle de la chaudière, il entend peu après l’armée fagouline qui sort en braillant.

Dans ce bazar, la Généralissime manque d’être écraser par son armée trop enthousiaste à l’idée de se battre. Elle bondit sur le côté pour éviter la mêlée et réussit à attraper le bars d’une Fagouline qui déboule :

— Comment … ? Que… ?

Reconnaissant sa Généralissime, la militaire se met au garde à vous en dressant ses longues oreilles sur sa tête :

— Votre fils. Il a eu l’idée de faire sauter la chaudière, puis elle rejoint la troupe qui fonce vers les gardes.

Fière, La Généralissime regarde son fils qui se dirige vers elle. Son père, le Cuisinier, l’accompagne. Toute la famille s’enlace un court instant seulement, car la bataille fait rage. L’heure n’est pas vraiment aux retrouvailles. Pakar est parvenu à attraper les clés de la porte sur un Fagottin :

— Je dois ouvrir la porte pour laisser sortir le fils de Rose.

Puis, il part en courant faire ce qu’il a à faire.

— Le fils de qui ? demande la Généralissime en regardant le père de Pakar.

Le cuisinier sourit :

— Notre fils s’est fait des amis.

 Peu après, Pakar revient en compagnie d’un Troll aux oreilles de Fagoulin. Apercevant la charette qu’il traîne encore, la Généralissime bondit dessus. C’est un poste parfait pour mener l’attaque :

— Allons-y Jeune Fagoulin ! ordonne-t-elle au Troll.

— Où, demande le fils de Rose qui redresse les épaules pas peu fier d’être appelé « jeune Fagoulin ».

— Fonce dans le tas de Fagottins là-bas ! et elle dénoue ses oreilles.

Les oreilles au vent sur son véhicule qui file, elle clame :

— Fagoulin sinon rien ! Suivez-moi, sus à l’ennemi. Aidez les Arachnéides ! Libérons-les de l’oppresseur, non, euh si…

La Généralissime s’arrête dans sa phrase (elle s’est souvenue de son discours du premier chapitre quand les Fagoulins n’avaient pas compris le mot « oppresseur ») puis continue :

— …de la Grande Sombre. Libérons-les de la Grande Sombre ! Fagoulin sinon rien !

Pakar, son père, le fils de Rose et toute la troupe qui a tout compris cette fois, répondent en courant vers l’atelier.

— Fagouliiiiiiiiiinnnnnnnnnnnn sinon rien !

Toujours dans la salle de la fosse, BarJ n’a pas suivi les autres prisonniers, il se retrouve seul au milieu de la pièce se dandinant sur ses deux pieds en se demandant quoi faire. Il a utilisé son dernier Enchantement (celui qu’il avait gardé dans le chapeau du Gnome, rappelle-toi) et se sent tout à coup complètement nu sans ses pouvoirs. L’horrible machine aux deux cloches se tient devant-lui comme si elle le narguait. Au loin, on peut entendre le chaos qui règne dans l’usine. Des patrouilles passent à grande vitesse dans le couloir. BarJ s’inquiète pour William, mais sans Enchantement…

— Oh et puis zut ! S’écrie-t-il, avec ou sans Enchantement, il y est allé lui ! Et il est plus petit que moi !

L’Enchanté sans ses Enchantements se décide quand même à partir à l’assaut de l’usine en répétant le cri de William :

— CHHHHAAARRRGGGGEEEEZZZZZZZ !

(à suivre)

©Priss

Bye-Bye car jeunesse roman


Précédent Suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cancel Laisser un commentaire

keyboard_arrow_up