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Bye-Bye Car, Chapitre quinze
Par Priss Publié dans Histoires Jeunesse sur 6 mai 2020 Un commentaire 9 minutes de lecture
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Chapitre quinze, le MarChéChal se prélasse dans ses souvenirs, pour lire le chapitre précédent clique ici

Bye-Bye car, chapitre quinze

Quatre jours et une autre dizaine de récoltes de Fleurs-à-Baba plus tard, nous retrouvons le MarChéChal en train de manger sur l’herbe verte devant sa Maison Souche (enfin celle qu’il s’est appropriée). Il a exceptionnellement quitté sa Feuille Hamac. Debout et le ventre vide, un petit Fagoulin se tient prêt à obéir à ses moindres désirs pendant que le MarChéChal a le derrière bien installé sur de la mousse moelleuse tout en dégustant les délices de la forêt fagouline.

Le chef fagottin se régale de son repas et se moque bien si son jeune esclave est épuisé ou affamé. Une escadrille de libellules qu’il chasse d’une main paresseuse, lui fait repenser tout à coup au survol de l’Enchanté. Pourvu qu’on ne vienne pas lui prendre son coin de paradis ! Il ne supporterait pas de voir le Pays Fagoulin se transformer en désert, comme son pauvre royaume Fagottin. Il n’était plus question de repartir là-bas ! Nerveux, il arrache une peau de fruit avec ses dents qu’il crache ensuite tout en se souvenant de cette lamentable affaire.

Toute cette histoire avait commencé avec l’arrivée de la Grande Sombre, cette peste à capuche. Le Roi Fagottin-IV- Fagot l’avait accueillie, attiré par ses promesses de vengeance sur les Fagoulins ou les Enchantés. Il ne lui a pas fallu longtemps avant d’évincer tous les conseillers. Le monarque n’écoutait plus qu’elle ! Par exemple, la construction de l’usine qui a dévasté la si belle forêt fagottine, qu’il aimait tant, c’était son idée à elle.

Le MarChéChal se remémore sa dernière rencontre avec son roi. Il avait tenté de l’approcher pour le convaincre d’arrêter cette usine et de renvoyer la Grande Sombre. Après avoir enfin obtenu une audience, il était entré dans la salle aux hautes poutrelles métalliques, s’était avancé la tête courbée pour s’arrêter devant le roi Fagottin-IV-Fagot. Après s’être agenouillé, il rappela sa haute fonction de Chef-des-Armées et interpela le souverain sur la situation du pays. Pas de réponse, ni de réaction: du haut de son trône le souverain le regardait mais ne le voyait pas. Il mâchait constamment des fleurs que le MarChéChal ne connaissait pas. Comme un automate, sa longue main les piochait dans un grand bol de métal doré, les portait à la bouche puis recommençait.

Le MarChéChal avait bien essayé de le réveiller en le secouant, mais le surprenant à ce moment-là, la Grande Sombre l’expulsa sans ménagement de la salle du trône malgré ses protestations :

— Comment ? Vous me chassez ? Moi, le MarChéChal !

Rien à faire ! Quelle honte et disgrâce pour ce Fagottin très fier.

 Après ce malheureux épisode de sa rencontre avec le roi, il était resté cantonné dans sa caserne, pendant quelque temps, entouré de ses seuls soldats, jusqu’à ce que leur comportement devînt de plus en plus étrange. On aurait dit qu’ils étaient devenus fous mais surtout ils étaient totalement inutiles. Certains disparaissaient pendant des heures voire des jours entiers puis revenaient complètement abrutis, incapables de ne rien faire, quand ils ne passaient pas leur temps à se battre entre eux. Le MarChéChal tenta la manière forte. Rien n’y fit, aucune menace, ni punition.

Puisque la manière forte n’avait servi à rien, il enquêta alors avec discrétion. Un soir, il suivit l’un de ses subordonnés qui quittait la caserne. Arrivé dans les bas-fonds de la ville, celui-ci rentra dans une souche où il le suivit. À l’intérieur, des Fagottins tous avachis sur des tapis de mousse souriaient béatement, des fleurs à la bouche. L’atmosphère était chargée de fumée rose.

Le MarChéChal ressentit des vertiges, puis un mal de tête monstrueux comme si on lui donnait des coups de gourdins sur le crâne. Pour trouver un peu d’air frais, il changea de pièce pour y découvrir que la plupart de ses soldats étaient bien là, à mâchouiller et à baver comme de gros escargots : tout comme leur monarque dans la salle du trône !

 Assez agacé de les voir parler dans le vide ou sourire comme des idiots, le MarChéChal les secoua rudement, leur donna des coups de pied, leur balança de l’eau froide mais ils ne réagirent pas. Ceux qui n’avaient plus de fleurs à mastiquer en redemandaient. C’était un cercle infernal.

Le pire arriva lorsque pris de rage, il s’empara des fleurs de quelques-uns, et que ceux-ci se levèrent pour les lui reprendre : des morceaux de fleurs se détachèrent dans la dispute. Pour ces quelques pétales tombés sur le sol, une bagarre monstrueuse éclata. Il eut juste le temps de se traîner hors de la mêlée à quatre pattes, puis de fuir la souche avec cette idée en tête : ces fleurs lui avaient pris ses soldats ? Il allait donc les utiliser pour les récupérer.

Le lendemain, il convoqua en effet sa troupe dans la cour de la caserne. Il avait réussi à réunir une grande quantité de Fleurs-à-Baba auprès du Palais, jouant de son statut de MarChéChal auprès d’un Fagottin de service pas vraiment au courant de sa disgrâce.

A ses soldats réunis devant lui, il expliqua que dorénavant il les fournirait lui-même en échange de leur efficacité et de leur obéissance. Les soldats étaient ravis ; enfin, ceux qui comprenaient encore quelque chose. Le MarChéChal, lui, ne savait pas trop comment il s’approvisionnerait ensuite, mais il verrait ça plus tard.

Pendant quelques temps, il avait ainsi réussi à tromper les Fagottins responsables de la réserve de Fleurs-à-Baba au Palais. Régulièrement, il s’y rendait, se servait puis repartait en distribuer à ses soldats. Jusqu’au jour où la Grande Sombre se rendit compte de son manège. Furieuse qu’il ait pioché dans ses réserves, elle le convoqua. La peste à capuche marchait de long en large dans la salle du trône quand il y arriva. Elle se dressa de toute sa hauteur pour le bannir, lui avec son armée, en pays Fagoulin. Pour être plus précis, elle lui ordonna de l’envahir, ajoutant qu’ils ne devraient plus jamais revenir.

Le MarChéChal se tenait droit comme un piquet devant elle. Seuls ses yeux clignèrent à cet ordre, puis s’allumèrent. Quelle chance ! Pensa-t-il, le pays Fagoulin est si beau, si vert, si parfait pour faire pousser des fleurs.

Et c’est ce qui est arrivé. Le MarChéChal soupire d’aise, satisfait et repu. Depuis l’invasion, il y’a peu de temps, les Fagoulins ont défriché les champs, les fleurs ont même poussé encore plus vite que prévu. En quelques jours, ils ont récolté de quoi satisfaire tous ses soldats. A présent, il va même pouvoir développer son propre commerce de Fleurs-à-Baba avec les Trolls par exemple. Il aura besoin de plus d’esclaves fagoulins. Pour cela, il a une petite idée…Certains se sont enfuis dans la forêt lors de l’invasion, bientôt il partira à leur recherche.

Tandis que le MarChéChal se plonge dans ses souvenirs, le petit Fagoulin, n’en peut plus de regarder le gros Fagottin se repaître. Comme malgré lui, il fait un pas vers le panier, plus deux et puis trois. Il marche sur la pointe des pieds, et MarChéChal ne semble rien remarquer : il a cessé de manger, il regarde ailleurs, loin très loin, au-delà de la forêt. Le petit Fagoulin met délicatement la main dans le panier puis…Catastrophe ! Pendant un instant le MarChéChal a tourné un regard embrumé vers lui, puis il a souri, l’air vaguement satisfait de lui. Le petit Fagoulin transpire : et s’il s’était fait prendre ? Il reste sans bouger. Le MarChéChal n’a encore rien remarqué, perdu dans ses rêves. Sans bruit, le petit Fagoulin retire sa main pleine de nourriture, puis retourne dans son coin.

Ouf ! Il était temps. Mais un sourire méchant se dessine à présent sur la vilaine trogne du Fagottin. Le petit Fagoulin se met à trembler de tous ses membres. Il l’a vu, que va-t-il lui arriver ! Eh bien, rien du tout, car sans avertir et surtout sans finir son repas le MarChéChal part au pas de course en lançant :

— Jette-moi ça, j’ai à faire. Je dois écrire au chef des Trolls.

Le petit Fagoulin affamé n’en revient pas de sa chance. Sans répondre, il se précipite vers le panier pour l’emporter à l’abri avant que le MarChéChal change d’avis.

(à suivre)

©Priss

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